Eau sale sur iPad
Je viens de réaliser un petit texte sur l'iPad, pour le royaume de nétéconomie, et je réalise soudain que j'aimerais bien savoir à quoi ressemblerait l'eau sale dessus... Comme le truc lit sans souci MP3 et vidéo, pourrait même imaginer que des morceaux ou des vidéos viendraient à se déclencher en fonction des passages atteints.
Je ne suis pas fan du concept iPad ou Kindle, je le reconnais, car tristement attaché au "papier" et au rapport fusionnel que l'on peut avoir avec un roman que l'on étreint amoureusement... Mais j'avoue que je me demande quelles seraient les sensations de lecture avec un lecteur multimédia, aussi branchouille puisse t-il être... Plans de rue dans un polar, photos du corps, ambiance sonore... les livres pourraient ainsi exploser hors de leurs pages, sans pour autant dépendre de l'audio, et donc d'un comédien qui lit...
Pour l'eau sale, cela me servirait principalement en police modifiables pour les personnages, dans le sens où j'imagine bien le texte trembler quand Julia s'énerve, ou devenir de plus en plus illisible à mesure que Thomas s'enfonce...
Mais bon, je compte sur vous pour me raconter vos sensations, car à 500 $ l'iPad, ça fait rude pour tirer des plans sur la comète...
La bonne nouvelle, c'est que la présence du clavier permettra de réécrire le roman, si jamais il vous a gavé.
J'en connais des qui vont user leur écran

Ken Bruen est un excellent petit filou
Mais ne vous y trompez pas, hein ? J'adore les petits filous.
Le truc, c'est que je viens de finir le dernier Ken Bruen paru en poche (Le Dramaturge) et je constate que Ken Bruen, au moins dans son cycle consacré aux enquêtes du Détective Jack Taylor, commence vraiment à utiliser les mêmes fils de narration, un peu trop bien rôdés.
Delirium Tremens, Toxic Blues, Le Martyre des Magdalènes, Le Dramaturge... Si le voyage en Irlande est toujours aussi séduisant, on aimerait parfois que le héros se décide à s'intéresser un tout petit peu aux enquêtes qu'il mène, plutôt qu'à sa mère, au temps qu'il fait, Cathy l'ex punkette, Ann, la météo en Irlande, et la sentinelle qui fait le pied de grue dans son bar favori.
Pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, je vous épargne le voyage vers wikipedia :
Ken Bruen est un écrivain irlandais de romans policiers. Il est né en 1951 à Galway.
Après des études au St. Joseph’s College à Galway puis à Trinity College à Dublin où il devient docteur en métaphysique, ken Bruen se mit à voyager beaucoup, enseignant l’anglais dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie du sud-est et d’Amérique du Sud. Il fit même un séjour très éprouvant en prison au Brésil.
De retour en Irlande il se fixe dans sa ville natale et écrit des romans noirs.
Bruen mène deux séries de front :
- La première se déroule autour d’un personnage central, Jack Taylor, ancien policier viré pour alcoolisme reconverti en tant que détective privé et qui se déroule à Galway. Il profite de cette série pour faire un tableau plutôt sombre de la société irlandaise.
- L’autre série met en scène les inspecteurs Roberts & Brant. Cette série se veut en partie un hommage au 87e precint de Ed McBain
Depuis quelques années, donc, j'avoue que j'ai plaisir à parcourir les allées de Galway en compagnie de Jack Taylor. Pour ne rien vous cacher, depuis que l'idée de commettre un polar qui me taraude depuis quelques mois est aussi liée à ma découverte de cet auteur et à son style ultra personnel.
Mais j'aimerais également éviter de tomber dans ses travers.
Jack Taylor est un personnage réellement intéressant. Oubliez le détective privé à la Philippe Marlowe dans son bureau enfumé avec la secrétaire sexy qui risque d'exploser son corsage à chaque respiration : le detective made in Ken Bruen est nettement plus brut de décoffrage.
Radié de la police pour alcoolisme (et il faut faire fort en Irlande) Jack Taylor traine sa carcasse d'une cinquantaine d'années dans les Pubs et les allées sombres de Galway. Il n'est jamais véritablement "engagé" par des clients et se retrouve bien plus "embarqué" dans des histoires plus ou moins sordides.
Ce qui attrape le lecteur très rapidement dans un Jack Taylor, c'est le style narratif à la première personne, comme si le personnage tenait un journal intime et scrupuleux de ses moindres faits et gestes. Il enfile un Jean, il fait sa liste de courses, il visite telle rue dans laquelle il y a tel magasin, il écoute Emily-Lou Harris, il évite sa mère, il écoute la radio et commente intérieurement le référendum irlandais pour l'adhésion à la communauté européenne ou l'invasion de l'Irak par les troupes américaines, il rencontre une femme, parfois, la perd souvent.
Et il boit.
Et il arrête de boire.
Et il se remet à boire.
Et il sniffe.
Et il boit.
Et il se réveille, des fois.
Le lecteur opère alors une plongée intéressante dans la vie d'un personnage réfléchi et très cultivé, qui parsème ses réflexions de citations, de paroles de chansons, et qui traverse son enquête comme un touriste.
Mais c'est là qu'un problème se pose : parce qu'au fil des romans et au fil des beuveries, le système s'essouffle. Si l'auteur est aussi disert pour nous dévoiler la garde robe du personnage et sa lecture du moment, c'est parce que l'intéressé est finalement assez mou du genou pour résoudre les enquêtes. En général, Jack Taylor suit l'histoire, de plus ou moins loin, et il est le plus souvent en train de cuver sa bibine au moment où les choses se passent. La scène typique d'un Ken Bruen consiste à voir le personnage sortir mollement de son coma éthylique pour découvrir que le suspect principal est mort depuis 3 jours.
Et de se rendormir.
Ken Bruen est donc un petit filou, car il propose de suivre une enquête avec un guide touristique tout à fait passionnant, mais qui assiste aux scènes plus qu'il ne les déclenche.
Ne vous y trompez pas : j'adore Ken Bruen, j'adore Jack Taylor. Le style est fluide, court, percutant. On a envie de lire, envie de poursuivre, envie de savoir. Mais c'est frustrant, souvent, d'être exclu d'un enquête par quelqu'un qui signe des polars. On peut regarder mais pas toucher. Aucune chance de comprendre avant la fin, car le héros est tellement à l'ouest de ce qui se passe qu'il serait bien en peine de comprendre quoi que ce soit.
Après, je me demande dans quelle mesure l'auteur utilise cet effet pour obtenir la proximité du lecteur, et à quoi ressemblerait la série de romans si Jack se décidait parfois à faire quelque chose plutôt que d'attendre patiemment que les méchants se tuent entre eux et qu'il puisse considérer l'affaire comme résolue.
Va falloir que je cogite sérieusement sur ce que je m'apprête à faire.
Replay Value
Je fais les comptes et je réalise que l’Eau sale crée autour d’elle un silence quasiment religieux. Jugez par vous mêmes : un mois après le premier envoi, j’ai récolté 3 retours sur 25 lecteurs. Au niveau stats, c’est short, mais ça me fait sourire. J’imagine bien les lecteurs relire la dernière phrase, soupirer et se dire « qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire sur son machin »…
Les réactions me font peur et pourtant je les guette. Le plus souvent possible, je me connecte sur ma boite mail, histoire de voir si un nouveau commentaire ou une demande d’un nouveau lecteur ne serait pas arrivée. Tous les jours je vérifie mes spams, je rafraichis la page. Parfois je fais exprès de faire durer le moment où je relève mes mails, me comparant sans mal à celui qui guette pour voir si son téléphone va enfin sonner après un premier rendez-vous.
"J'te rappelle".
Je sais fort bien que chacun a sa vie, et je n’en veux évidemment à personne d’avoir mieux à faire que de se perdre entre mes lignes. Ma recherche d’écho n’est évidemment pas égoïste à ce point… C’est juste une sensation qui m’échappe, un peu comme un caprice. Peur de savoir, envie de savoir, le tout se mélange dans une conscience de respect de l’autre mais aussi de besoin incoercible.
I just fuckin can’t help it.
Tout le monde, heureusement pour ma santé mentale, n’est pas muré dans le silence : chaque matin, Nicolaï Maldavsky délaisse son Bandeau Sexy pour m’offrir des réactions de lecture en temps réel, avec un petit commentaire en fonction de ses avancées. Il soulève les problèmes, les interrogations, les approximations parfois, mais il ne laisse pas tomber en route, ce qui est pour moi une petite victoire.
Il y avait un petit message, ce matin, juste pour m’indiquer qu’il avait fini…
….et qu’il devait relire le début.
Replay value : un mal répandu, à ce que je vois.
Carnets inutiles
Jeudi soir, TGV
Je n’avais pas réellement cœur à raconter ma vie, tout au long de cette insipide semaine. Comme je l’ai laissé sous-entendre dans un de mes derniers posts, le chaos se dispute à l’angoisse et mes quotidiens sont teintés d’un noir profond. Ne vous y trompez pas : je peux plaisanter, sourire, faire des blagues avec une certaine facétie… Mais si je laisse tomber le masque, si je cesse le flot d’alcool qui permet de me voiler les yeux, et si je me laisse aller à la lucidité, alors la fragilité reprend le dessus et la vanité de toute chose, de toute action et de tout rêve me pousse à suffoquer dans une marée montante que les digues marseillaises ne peuvent protéger. Mon équilibre tenait à la tranquillité de l’esprit dans un travail minable pour me laisser aller dans les excès du reste du monde. Mais lorsque ce fragile équilibre est compromis par une vie professionnelle brutalement agressive, alors Paris la belle devient territoire hostile et ma propre vie, un champ de mines.
Lundi :
Je suis en télétravail mais déjà je sens la pesanteur et l’agressivité de la nétéconomie me tomber sur le coin de la gueule, même à 800 bornes de distance. Incompréhensions, mesquineries : le travail oscille entre froideur et violence. Dans mon feedback de vendredi, j’avais plaidé pour une remise à plat de la situation et j’avais fait part de mon sentiment de malaise. Lundi mon manager me répond « qu’il en a assez de mes jérémiades ». Le ton est donné et s’étale en tartines glacées tout au long des longues heures de la journée. Forcément, tout ce que je produis « ne va pas » et la moindre tentative de dialogue se solde par un « on verra demain ». Je passe l’après midi à travailler aussi consciencieusement que possible, avec le secret désir que l’on m’exfiltre. Toute la journée du dimanche, j’ai refait mon CV sur Monster.
Je laisse glisser la soirée en testant la démo de Battlefield II, et en regardant Elizabethtown en DVD, protégé par le regard inquiet d’une femme attentive. Je sais d’emblée que j’aurai beaucoup de mal à me rendre sur Paris le lendemain.
Mardi :
Cauchemar. Je monte dans le TGV la mort dans l’âme. Le trajet est une plaie, allongé par la neige dans le bassin du rhône. Je ne parviens pas à m’endormir, aussi je me défoule en rédigeant, pour ce blog, un violent pamphlet contre mon boulot dans lequel je dénonce les travers et les aberrations. J’écris également un sketch sur le thème de l’hypocondrie dans le cadre d’un projet suggéré par Régis Taranto.
Arrivé au travail, je diffuse le sketch, qui reçoit un accueil mitigé (« mais je t’avais demandé un concept, pas un sketch ! ») et j’encaisse en pleine tête une journée de nétéconomie aussi longue que pénible. Réunion matinale avec des objectifs annuels délirants fixés froidement. Un moment de pause entre collègues, sur le thème de la Chandeleur, prévu de longue date, est décalé puis annulé. L’ambiance est détestable pour tout le monde.
Pendant la pause de midi, deux nouvelles parviennent cependant à s’extraire de la masse des inutiles :
- l’agent littéraire que j’avais contactée (et qui ne donnait plus signe de vie) est actuellement en pleine lecture de l’Eau sale. Les choses se précisent. J’espère que j’aurai un début de news la semaine prochaine.
- Mon Omega Seamaster est de retour de son long périple en réparation (190 euros, vlan) et semble comme neuve. Ouf, merci AnneSo.
En sortant du taff, je me réfugie au Père Tranquille, d’où je poste mon pamphlet matinal. A la relecture, je réalise que ce genre de texte-défouloir (forcément lu) va me créer un quotidien encore plus pénible à gérer. Je m’autocensure tristement en remettant la publication à plus tard. Pour me consoler, je reprends une pinte de Grimbergen, puis je pars revisiter Paris la nuit, avec un arrêt de circonstance dans ma pizzeria fétiche, que je fréquente depuis que je suis tout piti. Une (modeste) carafe d’un rouge (encore plus modeste) ne parvient pas à gâcher le goût de la succulente Parma. Je sors et je me perds à nouveau dans le noir, brutalement obsédé par Out where the buses don’t run que je voudrais « refaire en mieux ».
Mercredi :
Nouvelle journée de boulot. D’emblée, la rancœur se renifle à plein nez dans l’openspace. Je décide, dans un élan qui m’étonne moi-même, de me jeter à corps perdu dans le travail pour voir si la journée passe plus vite. Stupeur chez mes collègues, qui tentent en vain de me faire sortir de mes rails. En guise de provocation, je décide de travailler toute la journée avec le maillot de l’Olympique de Marseille sur le dos. La recette fonctionne : la matinée glisse comme l’éclair et est illuminée par une nouvelle obsession : m’acheter un appareil photo (j’ai besoin d’effectuer des prises de vue pour les premières écritures de « 75-0X », le polar qui m’agite les neurones). Je jette mon dévolu sur un bridge à 350 euros avant de me souvenir brutalement (j’ai la mémoire sélective) que mon compte en banque serait fermement opposé au concept et que je viens de faire réparer ma montre. J’essaie de m’auto-persuader qu’un achat en trois fois sans frais serait envisageable mais la réalité persiste : la pauvritude est en moi, point barre.
Nouvelle soirée festive chez Régis, où je me retrouve en compagnie d’étudiants (tous JEUNES) qui sont dans une école pour devenir futurs interprètes de l’ONU. Tout le monde parle, rigole, danse et mange en allemand. Ne comprenant pas la langue, mais séduit par l’ambiance résolument gaie, je communique en remplissant et en vidant soigneusement mon verre. Je note que c’est au moment où arrive la très belle Ludovica (Italie), que Régis me pousse à une série de parties de mini ping-pong, sport où je suis aussi mauvais que dans tout autre. Après une vingtaine de défaites consécutives sous le regard (indifférent) de la demoiselle, je décide que mon humiliation est suffisante et je pars me consoler en assistant à l’ouverture d’une bouteille de Mouton Cadet.
Jeudi :
Un putain de mal de crâne me rappelle que je vieillis et que je digère moins bien l’alcool qu’auparavant. Au boulot, la tension a laissé sa place à la lassitude. Je tente de négocier un traité de zen avec mon manager, qui me décharge de la plupart de mes fonctions pour me demander de l’écriture intensive. Ouf.
Je bave toujours devant les appareils photos et je pleure toujours devant mon compte en banque. Dans un creux au milieu de l’activité intensive, je me connecte sur MSN et je vois qu’Hervé est en ligne. Je réalise alors que je suis incapable de lui parler, que j’aurais trop peur de flinguer son bonheur tout neuf dans mon état actuel de dépression avancée. J’ai aussi l’impression que si je suis un peu honnête deux minutes, j’ai surtout peur qu’il m’explose sa joie de vivre à la figure et qu’il m’annonce que tout va bien et que le bonheur est total là où j’ai un peu la sensation de mourir vivant dans mes heures parisiennes.
Le cœur un peu gros, je me déconnecte.
Le TGV prend son temps, a déjà plus d’une heure de retard. Somnolent, je rédige ce petit billet sans grand intérêt et j’alterne avec quelques pages du dernier Ken Bruen, mon modèle en écriture de polars. Je ne sais pas quand je serai chez moi. Tout ce que je sais, c’est que Paris s’éloigne et que je me sens un petit peu moins mort. Je me sens redevenir ce que j’étais il y a encore une poignée de jours.
Juste moi, juste fragile.
Anne Frank, made in USA
Je n'ai pas l'habitude, ici, de réagir sur l'actu. Mais y'a des brèves qui font juste froid dans le dos.
Je ne commente pas, je relaye juste. Pour bien qu'on sache à quoi ressemble le monde, ici ou là.
Un district scolaire de la ville américaine de Virginia a retiré "Le journal d'Anne Frank" de son programme à la suite de plaintes de parents, annonce le journal local Star-Exponent. Une décision prise, non par antisémitisme, mais parce que la jeune Amstellodamoise juive a écrit des passages un peu trop explicites sur la sexualité, au goût des parents d'élèves.
Dans un passage, Anne Frank, alors pubère, s'étonne notamment qu'un enfant puisse sortir du sexe de la femme. Anne Frank est décédée en mars 1945 dans le camp de concentration de Bergen-Belsen et est devenue la victime la plus célèbre de l'holocauste grâce à son journal. Elle l'a notamment écrit pendant la deuxième guerre mondiale alors qu'elle vivait cachée avec sa famille dans une arrière maison d'Amsterdam. Selon amazon.com, son journal est l'un des livres les plus bannis de l'école car il est considéré comme étant "trop déprimant pour les étudiants". (MDP)