Them





Bullets for your brain today
But we'll forget it all again
Monuments put from pen to paper
Turns me into a gutless wonder
Gone / Seven
La ville est telle que dans mon souvenir, un mélange de vide et de plein, un mouvement incessant dans lequel on trouve des zones d'inertie.
Un ami me sert d'escorte, me protège de tout ce qui pourrait m'atteindre. La période est charnière, critique, je commence à compter les jours et les heures.
Quand la pression devient trop forte, je repars sans me retourner. Inutile de s'acharner à chercher trop longtemps à la même place ce que je ne saurai trouver.
Dans la ville haute, journal d’une publication pour « Franck »
Je ne pouvais décemment pas passer sous silence le site dédié au futur roman d'Anne Savelli, "Franck", qui met en ligne un journal de publication de toute beauté. J'avoue que j'ai le coup de coeur, car cela me rappelle un site pour lequel j'ai travaillé, "pleutil.net", qui avait pour vocation de publier, chaque jour, un nouveau texte en regard d'une photo prise le jour même...
En l'occurrence, "Dans la ville haute", même s'il ne vit que ses premières heures, s'annonce d'emblée palpitant à suivre. Photos, textes lus, extraits. On se surprend à espérer un jeu de piste dans les méandres de ces rues improbables qui séparent la Gare de l'Est et la Gare du Nord.
A suivre, à vivre.
Dans la ville haute, le journal de publication de Franck, by Anne Savelli.
Sweet Anne
Ce soir je suis dans l'appartement d'un ami parisien, dans le XXe, je goûte la tiédeur du soir en buvant une Despé, et je savoure le plaisir d'être en vie. Facebook m'annonce une belle nouvelle : Anne Savelli fait parler d'elle...
Anne Savelli est quelqu'un qui m'est proche alors que je ne l'ai jamais rencontrée. Elle m'avait marquée sur Manuscrit.com, sans que je ne sache pourquoi. Après des années de silence, je l'ai retrouvée par hasard, sur Facebook, et j'ai pu reprendre le fil de son parcours.
Il y était question de Fenêtres, de cent-quatre et de Cowboy Junkies, ce groupe que vous ne connaissez pas mais qui gagne à l'être et qui m'accompagne depuis des années.
J'ai lu, sans lui dire. J'ai suivi, en silence.
Ce soir, au hasard d'une page, j'ai découvert qu'un événement heureux était attendu pour le 8 septembre.
J'ai hâte.
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A votre tour de la suivre...
http://fenetresopenspace.blogspot.com/
Les specialistes

Cette nuit j'ai couché avec Jennifer Aniston. C'était vraiment très agréable... Elle vieillit super bien, toujours aussi sexy. Elle avait des fesses vraiment douces, très agréables à caresser, à la fois fermes et moelleuses. Mais ça n'a pas été très loin, avec Jennifer Aniston parce qu'au début c'était Jennifer Aniston, mais ensuite c'était Anne Hataway. On était dans une salle de concert, dans la foule. Elle était blonde, habillée assez sexy, un peu dans le look Faye Valentine. Elle me prenait dans ses bras, me serrait très fort, m'inviter à caresser le haut de ses cuisses pour que je sente qu'elle portait des bas, et me disait d'une voix suave : "Nous ne serons pas exclusifs, et j'espère que tu seras très heureux". Mais ça n'a pas dû me rendre si heureux que cela parce que je me suis réveillé.
Je n'étais pas mécontent d'ouvrir un oeil, cela dit, car dans le rêve il y avait aussi la menace d'un devoir en retard que tout le monde avait rendu sauf moi, un mafieux qui voulait que je rencontre son protecteur, et d'autres trucs qui me font de loin préférer les nuits avec Jennifer Aniston, même quand elle ressemble à Anne Hataway. En fait je l'avais rencontrée chez elle, car c'était la copine d'un copain que j'étais venu voir. Ils vivaient dans un duplex, bricolaient ce qu'ils avaient à faire chacun de leur côté le jour, et passaient la nuit ensemble dans une des deux chambres, selon l'humeur. Mais cette nuit, au lieu de s'intéresser à lui, elle s'est intéressée à moi. Il y avait un peu de fierté, je pense, que Jen Hataway me choisisse plutôt que lui, car c'était une façon de faire mentir les spécialistes.
Je ne vous ai pas dit ? En ce moment je passe énormément de temps avec les spécialistes. On pourrait même dire que les spécialistes font partie intégrante de mon existence. Les spécialistes sont partout, les spécialistes savent. En fonction du jour et de l'heure et de la tête que je fais, les spécialistes sont là pour m'aider, pour m'aimer, pour m'écraser de questions et de recommandations, pour me dire à quoi devrait ressembler ma vie, à quoi va ressembler ma mort, et toutes ces choses qui m'éloignent du corps de Miss Hataway dans la boite de nuit sur fond de Duran Duran ou d'un groupe dans le genre.
Les spécialistes voudraient que je me décide, que je fasse un choix. Les spécialistes sont inquiets de ma santé, ils pensent que je devrais me fixer à Marseille ou revenir à Paris. Les spécialistes pensent que je suis plus heureux à Marseille qu'à Paris, mais le lendemain d'autres spécialistes me disent que je suis plus épanoui à Paris qu'à Marseille. Les spécialistes me conseillent de m'installer et de tisser ma toile dans le sud, les spécialistes me disent que ma place est dans le nord, les spécialistes, surtout, voudraient que je me décide et que je ne reste pas là, le cul entre deux chaises. Les spécialistes sont souvent d'accord sur ce point.
Les spécialistes disent aussi que je suis un artiste, que je dois travailler, m'investir, croire en moi. Les spécialistes me disent que je dois me mettre au chômage sans quoi aucun vrai travail ne sera possible. Les spécialistes disent que je dois m'assumer. Les spécialistes disent que je dois être en danger pour travailler. Les spécialistes disent que je dois écrire et que tout le reste c'est de la connerie. Les spécialistes me disent que je ne pourrai pas vivre dans la précarité et qu'un travail salarié est le seul qui peut apaiser mes angoisses. Les spécialistes appuient là où ça fait mal, sans méchanceté mais avec insistance. Les spécialistes savent que je suis un écrivain, mais les spécialistes savent que je suis un scénariste, mais les spécialistes savent que je suis un créateur de sites web, mais les spécialistes savent que je suis une feignasse, mais les spécialistes savent que je suis un bosseur, mais les spécialistes savent que je suis un père de famille, mais les spécialistes veulent que je joue avec eux au jeux-vidéo, mais les spécialistes me demandent de me décider et là aussi, la plupart sont d'accord.
Les spécialistes pensent que je devrais aller voir le médecin, les spécialistes pensent que je devrais arrêter de somatiser, les spécialistes pensent que je connais mon corps, les spécialistes disent que les médicaments ça ne vaut rien, les spécialistes disent que je dois me foutre en arrêt maladie, les spécialistes disent que je dois me foutre en dépression, les spécialistes me conseillent de bien suivre les prescriptions.
Les spécialistes disent que je me sens coupable, les spécialistes savent que je peux mieux faire, les spécialistes ne veulent que mon bien, les spécialistes se demandent ce que je suis en train de foutre.
Les spécialistes savent ce qu'ils disent, les spécialistes me demandent pourquoi je ne réagis pas. Les spécialistes me demandent pourquoi je ne dis rien. Les spécialistes me demandent pourquoi je ne réponds pas. Les spécialistes me demandent pourquoi je ne parle plus. Les spécialistes me disent qu'il ne faut pas réagir comme cela. Les spécialistes me disent que c'est pour mon bien. Les spécialistes ont tendance à rigoler en se regardant. Les spécialistes disent allez, allez, dis quelque chose. Les spécialistes haussent les épaules et rigolent encore.
Les spécialistes s'inquiètent pour moi, sont tristes pour moi, impatients pour moi, désolés pour moi, navrés pour moi, énervés pour moi, en colère pour moi, soucieux pour moi, effrayés pour moi, vivants pour moi sans doute, plus vivants que moi certainement.
Les spécialistes commencent l'essentiel de leurs phrases par "tu devrais".
Je les regarde et ils attendent que je me mette en colère. Ils sont venus pour ça, pour déclencher quelque chose. Ils sont sincèrement inquiets, sincèrement concernés, ils font de leur mieux, peut-être même contre leur nature, pour réveiller l'endormi.
Mais je me sens triste et je me tais et je ne dis rien.
