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	<title>L&#039;Eau Sale</title>
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	<description>Carnet d&#039;ecriture d&#039;un roman froid</description>
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		<title>L&#8217;Eau Sale, chapitre un</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Sep 2010 14:57:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Olivier F. Thomas</dc:creator>
				<category><![CDATA[Publier l'eau sale...]]></category>

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		<description><![CDATA[Parce  qu'il me semblait juste de vous donner un aperçu de cette fièvre sombre  qui vous attend au détour de ma folie d'encre, voici le chapitre un de l'Eau Sale, préambule d'un suicide annoncé. J'espère que cette entrée en matière, toute en pesanteur, saura vous donner envie de creuser la question. De vos [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Parce  qu'il me semblait juste de vous donner un aperçu de cette fièvre sombre  qui vous attend au détour de ma folie d'encre, voici le </em><em>chapitre un de l'Eau Sale, préambule d'un suicide annoncé. J'espère que cette entrée en matière, toute en pesanteur, saura vous donner envie de creuser la question. De vos mains nues, évidemment.</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Tendresse.<br />
OFT - 01/09/10</em></p>
<p style="text-align: right;">
<p style="text-align: right;"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: center;">- Chapitre 1 -</h2>
<p style="text-align: justify;">Je rentre.</p>
<p style="text-align: justify;">Peu    importe où je suis allé, peu importent les ruses pour tromper la    journée. Peu importe le temps passé sur les trottoirs à me donner des    prétextes, des excuses, pour retarder sans cesse le moment du retour.    Peu importent les jours, les mois passés à refuser de voir, à poursuivre    la folie de vouloir croire.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rentre.</p>
<p style="text-align: justify;">Je    n’ai pas compté les heures d’errance dans la tristesse de cette fin    d’été. Un pas après l’autre, j’ai simplement pris soin d’amasser assez    de distance pour échapper à ton sillage. Au fil des rues, je rejoue la    scène. Je me dis que, peut-être, j’aurais pu. Sans doute, j’aurais pu.    J’aurais pu rester dans l’appartement, t’attendre sur le canapé,  répéter   dans le vide. J’aurais pu guetter tes pas dans l’escalier,  entendre  les  portes de l’ascenseur, cesser de respirer en entendant la  clé  tourner  dans la serrure.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><span id="more-886"></span></p>
<p style="text-align: justify;">J’aurais   pu mais je  ne suis pas assez fort pour cela, pas assez fort pour   contempler ton  regard blessé. Ou pire, triomphant peut-être.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai déserté le champ de bataille, j’ai fui, direction la rue, les rues, au hasard.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un    regard oblique sur l’horloge de la pharmacie, j’évalue. Du temps, toi,    tu en as eu bien assez. Je t’ai laissé ce qu’il fallait, assez pour    quitter ton travail, prendre ton bus, rentrer à la maison. Du square à    la voie ferrée, je me suis répété que je devais te laisser du temps, te    laisser une chance. À chaque pas je reculais, à chaque carrefour je  te   tournais le dos, jusqu’à ce que le soleil décline, jusqu’à ce que  je   n’aie plus assez d’endroits d’où je puisse m’éloigner.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rentre.</p>
<p style="text-align: justify;">Je    regarde le ciel, je regarde l’immeuble, je me demande. Le jour    s’achève, s’écroule quelque part, ailleurs. Je défie l’immeuble, je    baisse les yeux. J’ai trop peur de savoir, trop peur d’avoir raison.    Alors, sans regarder, je tente juste d’espérer : notre étage, le    dernier, les fenêtres, éteintes ou allumées ?</p>
<p style="text-align: justify;">En    face, sur le trottoir, je suis ridicule. D’un revers de bras, j’efface    un peu de sueur qui coule sur mon front et ma main s’attarde sur mes    yeux. Je ne vois plus rien, je me cache. Devant le feu rouge, pauvre    statue tremblante, j’hésite, je conjugue mes peut-être. <em>Peut-être </em>que tu seras là. <em>Peut-être </em>que tu me demanderas pourquoi je rentre seulement maintenant. <em>Peut-être</em> que tu voudras savoir où j’étais. <em>Peut-être</em> que tu seras en colère, <em>peut-être</em> que tu me diras que j’aurais pu prévenir, que tu étais inquiète, merde.    Et je ne dirai rien. Je sourirai dans le vide, j’irai voir ce que tu   as  vu.</p>
<p style="text-align: justify;">Le   soleil couchant glisse entre  les immeubles. Mon ombre grandit devant   moi, s’étale jusqu’à la porte  d’entrée. Je suis dans la rue, juste   devant le passage piéton délavé par  les années. Entre mes doigts   écartés, je regarde le bonhomme vert qui  me dit que je peux traverser.   Je regarde, je ne vois rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Tu ne seras pas rentrée.</p>
<p style="text-align: justify;">Je    pourrais repartir, je pourrais ne jamais revenir. J’ai peur de ce que    j’ai fait, peur de ce qui va suivre. J’ai mis ta vie par terre, mais    c’est la mienne qui est détruite. Alors je ressasse, je décline, je    conjugue encore<em>. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Peut-être</em> que tu es là-haut, à attendre que je rentre. <em>Peut-être</em> que tu prends une douche, que l’eau coule le long de tes cheveux. <em>Peut-être</em> que tu te sers un verre en regardant l’heure. <em>Peut-être</em> que je te manque, au moins un peu.</p>
<p style="text-align: justify;">Je    rentre. J’enlève ma main, je garde la tête baissée. J’ignore la    fenêtre, j’ignore le balcon, j’ignore le petit bonhomme qui est repassé    au rouge puis à nouveau au vert. Un pas en avant, le premier. Je ne   sais  pas d’où vient le courage, je ne sais pas ce qui clôt les débats.    J’enjambe la sécheresse exhalée des caniveaux et sans regarder, je    traverse. Je longe quelques mètres de bitume. Un pas, un autre, encore    un autre sur le trottoir. L’immeuble m’accueille dans son ombre portée.    Quelques marches mènent à la porte, massive, métallique. Sur le côté,   le  code. Bourdonnement, serrure électrique, porte tirée, ouverte sur  le   noir, gueule béante de quotidien.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rentre.</p>
<p style="text-align: justify;">Derrière moi l’extérieur se referme, grince sur la fin, claque.</p>
<p style="text-align: justify;">Le    corridor m’accueille de sa puanteur poisseuse, odeur de pénombre et    d’oubli. La chaleur, elle, est dans le fond du couloir. Dans sa propre    obscurité, elle hume, renifle, savoure. Elle, au moins, m’attend.</p>
<p style="text-align: justify;">Je    passe à nouveau une main sur mon front. Ma chemise est trempée, plaquée    contre mon dos, la sueur roule en fines larmes odorantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rentre.</p>
<p style="text-align: justify;">Je    rentre et tout, alors, devient quotidien. Tout se résume aux gestes    machinaux et aux œillères ordinaires. Ne pas allumer la lumière, laisser    les boîtes aux lettres dans le noir, ne pas m’approcher, ne pas me    pencher, ne pas vérifier si oui ou non tu es passée prendre le courrier    que j’ai laissé, exprès. Juste passer devant, sans respirer sans    regarder sans demander. Se contenter de rentrer chez nous, à l’intérieur    de moi, à l’abri, au froid.</p>
<p style="text-align: justify;">À    chaque pas mes yeux s’habituent et percent l’obscurité. J’aperçois,    presque par accident, tout ce qui me lie encore au réel. Le couloir    ouvert sur un mégot écrasé et le décor qui s’enchaîne : extincteur,    papier peint déchiré, petits carreaux, plinthes noircies, <em>ta mère sale pute</em>, une poussette.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rentre.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans    la pénombre, le bouton de la minuterie. Je n’allume pas, je me cache.    Le quotidien réchauffé, surchauffé, révèle ses fausses sorties :    l’escalier, l’ascenseur, l’entrée des caves, sur le côté, toutes ces    issues que je pourrais prendre pour aller ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais    ailleurs, je n’y vais pas. Je reste sur les rails de ton train fantôme.    Je me regarde me déplacer au ralenti dans une atmosphère de sueur    locative et d’eau de javel mal diluée. Loin là-bas, derrière mes    lunettes, l’escalier. J’avance. Longer le local à poubelles, passer    devant l’ascenseur. Ne pas le prendre, non, non, faire durer. Arriver au    pied de l’escalier. Regarder, sentir. Les marches sont presque    impatientes, à peine visibles dans l’obscurité. J’ai envie de faire    demi-tour. J’avance.</p>
<p style="text-align: justify;">Une   première  marche. Chaussettes humides sur les pieds, rampe collante sous   main  poisseuse. Rentrer chez moi, comme chaque soir, comme   toujours. Rentrer  chez nous. Te retrouver là-haut, au bout de   l’escalier, dans cet univers  familier où je ne reconnais plus rien. Une   marche, une autre. Bois  ciré, rampe un peu branlante. Je me fais   l’effet d’un vieillard dans un  vieil immeuble qui subit sa vieille   histoire, comme si j’avais toujours  vécu ici, toujours vécu cet   instant : monter les marches, sacrifier ma  jeunesse à chaque pas. Faire   durer, pas envie de savoir, pas envie  d’avoir raison. Tu es là-haut,   tu te sers un verre. Je monte. Tu  regardes les papiers par terre, tu  es  en colère. Encore une marche,  éclairée par la lucarne de  l’entresol.  Tu es nue, tu attends. Peut-être.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rentre.</p>
<p style="text-align: justify;">Je    monte, la chaleur me fait mal. Je te vois trembler près des papiers    éparpillés, devant la table basse. Je te vois tendre le bras vers les    médicaments, renverser un peu d’alcool à côté du verre. Je te devine    là-haut, juste au-dessus de moi, alors que je te sais ailleurs, loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Avancer,    rien d’autre. Traverser les étages, palier sur palier sur palier.    Détailler les paillassons. Propres, sales, absents. Contempler la vie    des voisins au travers des portes fermées, odeurs de cuisine, curry,    cris d’enfants, téléphone, téléviseurs, vaisselle, tuyauterie,    sac-poubelle près du vide-ordures, match de foot, porte entrebâillée    dans une tentative de courant d’air. Des familles, des soirées, des    fêtes, des disputes. Tout ce qui fait du bruit, tout ce qui est vivant. À    chaque étage, je traverse les couches d’existence : bruits,    respirations, exclamations. Des voix, des mots, des gens qui parlent,    qui se parlent encore. Je tourne la tête, je monte une nouvelle marche,    je m’éloigne. M’entends-tu arriver ? Tu ne m’entends pas, n’est-ce   pas ?  Pourtant je me rapproche. Pas à pas, je me rapproche de toi ; de   toi  comme de ton absence.</p>
<p style="text-align: justify;">Parce   qu’en  dépit de toute ma lenteur, en dépit de mes inutiles   contemplations, je  finis par m’affranchir de l’escalier. Cramponné à la   rampe, quelques  marches trop vite dévorées vers l’ultime palier. Je   pourrais m’arrêter,  mais à quoi bon. Le besoin de savoir, le besoin   d’avoir mal, me prêtent  les forces qui me manquent.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rentre.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques    pas dans le couloir obscur du dernier étage, en face de moi, la    porte... À peine éclairée par la fenêtre salie de la sortie de secours.    C’est là, ici. Notre porte. Chez moi. Chez nous. L’entrée vers le trou    noir qui nous sert d’existence.</p>
<p style="text-align: justify;">Es-tu rentrée ?</p>
<p style="text-align: justify;">Derrière    la porte, tu ne seras pas là. Il faut que je le dise, que je  l’accepte  à  voix haute. J’ouvre la bouche. Je n’y parviens pas. Il  faut pourtant   que je le dise, que je le répète, que j’assassine tout  espoir. Tu NE   seras PAS là. Et dans ma poche, je les sens. Dans ma  poche, les clefs.   Je les caresse, brûlantes, inutiles. Les clefs,  comme une réponse. Même   si je sais déjà.</p>
<p style="text-align: justify;">Mes   mains prennent  le trousseau. Actes mécaniques, serrer, trembler,   imaginer que tu es là.  Ne pas y croire. L’imaginer quand même. <em>Peut-être. </em>Voir   la  scène. Se forcer s’il le faut. Tes cheveux, sur le coussin. Tes   jambes,  étendues. Une chaussure à ton pied, l’autre sur le tapis, près   de la  bouteille allongée, regard de princesse alanguie.</p>
<p style="text-align: justify;">Es-tu rentrée ?</p>
<p style="text-align: justify;">De  la   buée sur mes verres. Trousseau de clefs dans la main. Serrer plus   fort.  Choisir celle du bas, jouer de son relief. La craindre, un peu.   Métal  contre ma chair, faire glisser doucement la clef le long de la   porte,  toucher la serrure. Faire entrer la clef dans le trou, sans   illusions  mais plein d’espoir inutile. Tourner la clé d’un geste lent.   Au bout du  doigt, sentir la résistance du métal. Le verrou. Le verrou   est mis.   Mes épaules s’affaissent. Je n’ouvre pas. Je reste debout  sur  le  paillasson.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à   la porte, je  ne peux m’empêcher de repartir en arrière, vers les   souvenirs, vers un  autre nous. Dans l’autre vie, la vie d’avant, je me   serais précipité  dans cet escalier. Il n’y aurait pas eu de voisins,  il  n’y aurait pas eu  de chaleur. À mi-parcours, j’aurais senti ton   parfum. Il y aurait eu de  l’envie, de l’impatience. Courant,   trébuchant, j’aurais gravi les  marches, comme un gamin qui s’en va   retrouver sa mère. Et je t’aurais  vue, là, tranquillement assise à côté   du paillasson, adossée à la porte.  Tu aurais relevé les yeux, tu   m’aurais souri avec une petite moue  espiègle. Tu m’aurais embrassé. Tu   m’aurais dit que j’étais ton héros,  moi qui n’oubliais jamais mes   clefs.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais    je ne suis plus dans la vie d’avant, je suis dans celle de ce soir,    dans cette impasse au dernier étage, devant une porte close. Alors je    tremble et j’hésite. Ouvrir ? Repartir ? Respirer ? Dans le doute, je ne    bouge pas. Je laisse les secondes planer, prendre leur temps,    s’écouler. Je ne sais pas ce que je dois faire… Je ne sais    effroyablement pas. Je pourrais t’appeler et tomber sur ton répondeur.    Je pourrais écouter ta voix, attendre le bip. Je pourrais laisser un    message. Je pourrais te dire que j’ai mal sans toi.</p>
<p style="text-align: justify;">Je  ne   bouge pas. Les clefs sont plantées dans la serrure, tintent   légèrement.  La chaleur m’empêche de réfléchir. Je voudrais… bouger,   décider  quelque chose, réagir. Ne pas rester là, asphyxié par les   évidences. Et  je ne bouge pas. Derrière la porte il n’y a rien. Devant   la porte il  n’y a que moi. Je tends la main, j’hésite à nouveau. Je   ressens déjà le  silence de l’entrée, j’imagine le vide du couloir qui   m’accueille,  m’avale, m’accompagne. Je soupire, je caresse la porte du   bout des  doigts. Désespérément, je raccroche un peu de décor. Le  palier,   l’obscurité, moi, le vide de toi. Entre nous, la porte. Je  suis   rageusement attendu par une absente.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors,    après une infinie fuite de secondes gaspillées, je regarde. Je regarde    ma main. Je regarde mes doigts qui enserrent la clef. Je regarde ma   main  qui déverrouille la serrure. Je regarde ma main sur la poignée   puis la  porte qui s’ouvre. Je me regarde qui entre dans l’appartement.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis rentré.</p>
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		<title>Ce serait.</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Sep 2010 12:34:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Olivier F. Thomas</dc:creator>
				<category><![CDATA[A day in the life]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce serait un de ces matins, vers huit heures, quand le jour n’est pas levé depuis si longtemps. Ce serait l’une de ces heures un peu fraîches, d’automne ou de printemps, quand on ne sait pas trop comment s’habiller et qu’on a froid le matin et chaud en fin de journée.
Il suffirait de ça, sortir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" style="border: 2px solid black; margin: 2px 5px;" title="zinc" src="http://imagecache6.allposters.com/LRG/22/2242/3AHZD00Z.jpg" alt="" width="237" height="315" />Ce serait un de ces matins, vers huit heures, quand le jour n’est pas levé depuis si longtemps. Ce serait l’une de ces heures un peu fraîches, d’automne ou de printemps, quand on ne sait pas trop comment s’habiller et qu’on a froid le matin et chaud en fin de journée.</p>
<p>Il suffirait de ça, sortir du métro et prendre du plaisir à marcher dans les rues très légèrement humides et brumeuses,  se laisser porter au fil des pavés, avec un regard de sympathie pour les putes de service de la rue Saint-Denis ou pour les travailleurs immigrés attendant en file indienne d’être recrutés pour déchargés les camions de fringues chinois du côté de Réaumur.</p>
<p>Il suffirait de n’avoir nulle part de précis où aller, de faire défiler les troquets et les laveries, de franchir un pont ou de remonter un escalier. Il suffirait de s’emplir de grisaille, de la respirer comme une alternative à l’oxygène, et de la recracher en petites bouffées encore chargées de la nicotine de la veille. Il suffirait de se perdre dans les odeurs de croissants, de métro, de froid et de café qui jailliraient du ciel et des fenêtres.</p>
<p>Ce serait un matin sans badgeuse, sans courriel, sans reporting et sans feedback. Un matin de fuite dans un monde tout en ligne. On trouverait refuge dans un café sans terrasse, où l’on se sentirait loin du dehors, loin de toute possibilité d’être rattrapé. Il y aurait le menu de midi, en train d’être déposé sur l’ardoise, il y aurait un chien qui sommeillerait entre deux tables, il y aurait une affiche écornée pour le Picon bière sur le mur du fond et des carafes jaunes « Anisette » sur le zinc.  Il y aurait le bruit de piècettes dans un ramasse-monnaie en plastique usé, il y aurait de l'ombre et du chaud et aussi la chaise, forcément branlante.<br />
Bercé par le cri du percolateur et par les ronronnements des poivrots en faction, on sortirait le carnet et le stylo.</p>
<p>La plume toucherait le papier, dans un chuintement sec de douleur en écoulement. L'encre glisserait ensuite, après cette première incision.</p>
<p>Alors, seulement alors, la journée aurait un sens.</p>
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<p class="MsoNormal">Ce serait un de ces matins, vers huit heures, quand le jour n’est pas levé depuis si longtemps. Ce serait l’une de ces heures un peu fraîches, d’automne ou de printemps, quand on ne sait pas trop comment s’habiller et qu’on a froid le matin et chaud en fin de journée.</p>
<p class="MsoNormal">Il suffirait de ça, sortir du métro et prendre du plaisir à marcher dans les rues très légèrement humides et brumeuses, <span> </span>se laisser porter au fil des pavés, avec un regard de sympathie pour les putes de service de la rue Saint-Denis ou pour les travailleurs immigrés attendant en file indienne d’être recrutés pour déchargés les camions de fringues chinois du côté de Réaumur.</p>
<p class="MsoNormal">Il suffirait de n’avoir nulle part de précis où aller, de faire défiler les troquets et les laveries, de franchir un pont ou de remonter un escalier. Il suffirait de s’emplir de grisaille, de la respirer comme une alternative à l’oxygène, et de la recracher en petites bouffées encore chargées de la nicotine de la veille. Il suffirait de se perdre dans les odeurs de croissants, de métro, de froid et de café qui jailliraient du ciel et des fenêtres. <span> </span></p>
<p class="MsoNormal">Ce serait un matin sans badgeuse, sans courriel, sans reporting et sans feedback. Un matin de fuite dans un monde tout en ligne. On trouverait refuge dans un café sans terrasse, où l’on se sentirait loin du dehors, loin de toute possibilité d’être rattrapé. Il y aurait le menu de midi, en train d’être déposé sur l’ardoise, il y aurait un chien qui sommeillerait entre deux tables, il y aurait une affiche écornée pour le Picon bière sur le mur du fond et des carafes jaunes « Anisette » sur le comptoir. <span> </span>Il y aurait le bruit de pièces de monnaie dans le sous-verre en plastique usé, il y aurait la chaise forcément branlante. Bercé par le cri du percolateur et par les ronronnements des poivrots en faction, on sortirait le carnet et le stylo.</p>
<p class="MsoNormal">Alors, seulement alors, la journée aurait un sens.</p>
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		<title>73.7 le matin</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Aug 2010 16:10:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Olivier F. Thomas</dc:creator>
				<category><![CDATA[A day in the life]]></category>

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		<description><![CDATA[Aussi inintéressant que cela puisse paraître, c'est mon poids.
73.7 Kg. Soixante-treize kilos et sept-cent grammes. A l'ordre d'Olivier F. Thomas, le 31 août 2010, à Paris-Marseille.
Les gens qui me croisent trouvent que j'ai maigri, que j'ai changé, que ça me va bien, que ça me va mal. Les gens disent que je n'en avais pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aussi inintéressant que cela puisse paraître, c'est mon poids.<br />
73.7 Kg. Soixante-treize kilos et sept-cent grammes. A l'ordre d'Olivier F. Thomas, le 31 août 2010, à Paris-Marseille.</p>
<p>Les gens qui me croisent trouvent que j'ai maigri, que j'ai changé, que ça me va bien, que ça me va mal. Les gens disent que je n'en avais pas besoin, que ça me fait du bien, que c'est bizarre.</p>
<p>On m'invite à déjeuner et je dis non, à boire un verre et je dis non, on m'invite à vivre et je réponds : "plus tard".</p>
<p>Parce qu'on se méprend, sans doute, sur mes intentions.</p>
<p>Okay, à force de bouffer n'importe comment, je me suis fait avoir dans les grandes largeurs. Okay, à force de descendre des bouteilles pour m'endormir, je me suis sans doute exposé à des problèmes de liquide. Je plaide coupable d'avance.</p>
<p>Mais ne croyez pas une seconde que je puisse avoir été contaminé par un besoin de marketing viral et de maigrir sur commande parce que la société, les médecins, les standards actuels ont décidé de marteler des idées aussi déprimantes que<em> healthy ou clean.</em><br />
Je ne suis pas <em>young</em> &amp; <em>healthy</em> et je ne l'ai jamais été. Mes dérivent m'entrainent là où elles ont envie de m'emmener, à moi de m'accrocher et de suivre. C'est l'idée.</p>
<p>Alors pourquoi ce régime, demanderez-vous ?</p>
<p>Hmmm.</p>
<p>Imaginez que vous êtes sur une plage. Loin devant vous, sur la ligne d'horizon, vous voyez apparaître une vague gigantesque. Un truc qui va vous déferler dans la gueule suffisamment fort pour vous laisser sur le carreau. Dans la brume de sa propre écume, la vague se soulève, avance, progresse. Et vous, vous faites la seule chose intelligente qui vous reste à faire. Vous vous barrez à la recherche d'un abri. Vous partez en courant, en hurlant, si vous avez encore les couilles de vous faire entendre, et vous partez vous planquer le plus loin et le plus haut possible.</p>
<p>Cherchez pas, y'a rien d'autre à faire.</p>
<p>Et comme je ne suis ni plus intelligent ni plus con que vous, je fais pareil. Dans mes tripes, un roman est en formation. Je tourne autour, je le regarde arriver de loin. Et je sais qu'il va me faire mal, pour un milliard de raisons que vous ne saurez sans doute jamais, et c'est tant mieux pour vos tronches. Il va me faire mal, il va me faire descendre plus loin que je ne suis jamais descendu, et intuitivement je devine du coin de l'oeil toutes  ces scènes auxquelles vous n'assisterez jamais.</p>
<p>Je me vois, ivre mort devant l'ordi, sortir en pleurs et en lambeaux d'une nuit d'écriture, m'écrouler sur le canapé le plus proche, et n'avoir d'autre envie que celle de chasser de mon crâne cette souffrance effroyable qui y aura élu domicile.</p>
<p>Je me vois, frustré, assis sur ma chaise et bloqué dans ma phrase, en train d'avaler compulsivement tout ce qui me tombe sous la main, toutes les saloperies en chocolat bas de gamme, tous les biscuits apéritifs pourraves et saturés de graisses animales. Je serai assis là, le regard dans le vague, et mes mâchoires briseront ma frustration : CRUNCH CRUNCH CRUNCH.</p>
<p>Et je me vois partout ailleurs.</p>
<p>Ainsi les choses sont dites : je ne fais pas un régime, je me prépare. Je chasse les toxines avant de m'en saturer.  J'essaie de recouvrer un minimum de santé physique et mentale avant de partir m'enfoncer dans mes propres méandres et contradictions, avant de faire face à ce sinistre personnage, tant aimé, tant haï, et de le fixer dans la profondeur de ses yeux reflétés afin de savoir, pour de vrai, sans fard, sans détour, ce qu'il a réellement dans les tripes.</p>
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		<title>04:53 AM</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Aug 2010 07:21:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Olivier F. Thomas</dc:creator>
				<category><![CDATA[A day in the life]]></category>

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		<description><![CDATA[Alors, au-dessus de la flaque, je déboutonne mon jean et je le baisse aux chevilles et j’écarte l’élastique de la culotte de maman et je m’accroupis.
Le jet d’urine atteint mon visage, là, en pleine gueule. Je me pisse dessus et le jet coule dans un bruit de sifflement discret, vient à nouveau troubler la flaque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Alors, au-dessus de la flaque, je déboutonne mon jean et je le baisse aux chevilles et j’écarte l’élastique de la culotte de maman et je m’accroupis.<br />
Le jet d’urine atteint mon visage, là, en pleine gueule. Je me pisse dessus et le jet coule dans un bruit de sifflement discret, vient à nouveau troubler la flaque d’eau.<br />
Et je pisse et le jet coule et je réfléchis et je me dis après tout pourquoi pas alors je lâche l’élastique de la culotte et elle se remet en place et je pisse dans la culotte de maman et cela me fait du bien c’est chaud et ça me coule le long de la cuisse et du mollet et ça me rentre un peu dans les chaussures et je me dis que la culotte de maman est vraiment dégueu et ça me fait rire et je me mets à trembler alors je me relève et je laisse partir quelques dernières gouttes et je remets mon jean et je regarde mon visage qui revient dans la flaque.</em></p>
<p>Je me réveille, brutalement.</p>
<p>Je ne reconnais pas la chambre.</p>
<p>Ah si. Paris.</p>
<p>4h53. Ce n'est pas une heure où j'ai l'habitude de me réveiller. En général je m'éveille plutôt vers deux heures... Juste le temps de me retourner, de me rassurer, de me rendormir, et je repars pour cinq heures de sommeil.</p>
<p>Mais 4h53, c'est assez inédit.</p>
<p>La nuit est fraîche, il y a de la buée sur les vitres. Les lampadaires du XXe dessinent des arcs orangés.</p>
<p>Je tends l'oreille. J'écoute fort.<br />
Le colocataire de R  regarde un film, dans la chambre d'à côté. A très faible volume. J'entends faiblement des dialogues et des voix. De l'autre côté du couloir, quelqu'un ronfle sereinement.</p>
<p>Je me lève et je sens mes cuisses hurler sous l'effort. J'écarte les rideaux, je regarde dehors, je regarde Paris, la nuit. Une idée fugace me dérange, tourne en boucle dans ma caboche. Je ne parviens pas à l'attraper, je fais défiler les idées, sans rien fixer. J'écoute un peu plus fort, je n'entends rien de plus. Dans le parking, il n'y a rien que la lumière orangée daigne éclairer. Je ferme le rideau, je retourne me coucher.</p>
<p>Et c'est à ma toute dernière seconde de conscience que je réalise, que je comprends enfin que j'ai, pour la toute première fois...</p>
<p>...rêvé de Julia.</p>
<p><img class="aligncenter" src="http://www.hertsviewpoint.co.uk/upload/girl%20silhouette.jpg" alt="" width="350" height="304" /></p>
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<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;">Alors, au-dessus de la flaque, je déboutonne mon jean et je le baisse aux chevilles et j’écarte l’élastique de la culotte de maman et je m’accroupis.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;">Le jet d’urine atteint mon visage, là, en pleine gueule. Je me pisse dessus et le jet coule dans un bruit de sifflement discret, vient à nouveau troubler la flaque d’eau.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;">Et je pisse et le jet coule et je réfléchis et je me dis après tout pourquoi pas alors je lâche l’élastique de la culotte et elle se remet en place et je pisse dans la culotte de maman et cela me fait du bien c’est chaud et ça me coule le long de la cuisse et du mollet et ça me rentre un peu dans les chaussures et je me dis que la culotte de maman est vraiment dégueu et ça me fait rire et je me mets à trembler alors je me relève et je laisse partir quelques dernières gouttes et je remets mon jean et je regarde mon visage qui revient dans la flaque.</p>
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		<title>A design, for life&#8230;</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Aug 2010 17:04:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Olivier F. Thomas</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Finalement, les choses ne changent pas réellement. Elles se modifient un peu, pour la forme. On ne touche jamais véritablement au fond. On sait jamais, des fois que ça nous pète à la gueule. Alors on reproduit le schéma, toujours.  Aimer, désaimer, quitter. Aller bosser, démissionner, recommencer. Baiser, débander, rebander. Laver la vaisselle, salir la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-860" style="border: 2px solid black; margin: 2px 5px;" title="IMG_0049" src="http://eausale.fr/journal/wp-content/uploads/2010/08/IMG_0049.jpg" alt="IMG_0049" width="288" height="216" />Finalement, les choses ne changent pas réellement. Elles se modifient un peu, pour la forme. On ne touche jamais véritablement au fond. On sait jamais, des fois que ça nous pète à la gueule. Alors on reproduit le schéma, toujours.  Aimer, désaimer, quitter. Aller bosser, démissionner, recommencer. Baiser, débander, rebander. Laver la vaisselle, salir la vaisselle, laver la vaisselle. Pour certaines de ces actions, on automatise au max, d'accord. Mais quand même, on reste dans l'esprit. Faire, défaire, refaire.</p>
<p>Tout ça pour dire qu'en dépit des changements que l'on met en place, nos vies varient finalement assez peu et demeurent solidement arrimées sur leurs axes. Les manies se conservent et les souvenirs affluent. Tout à l'heure, en me rendant au travail, j'avais du mal à marcher, la tête qui tournait et la nausée.</p>
<p>Immédiatement me sont revenues des images de 2003 et 2004, quand je me rendais au boulot passablement déchiré, imbibé de J&amp;B (<em>pardonne-moi, Jack, j'étais jeune)</em>, et que je suivais le bord des trottoirs du Parc du Souvenir pour ne pas me perdre en route. Tout au long du chemin, je me sentais mal, je partais en live et je rêvais que mon recueil (<em>Aimer Mourir</em>) viendrait exploser la bonne vieille Amélie hors des charts.</p>
<p>C'était le plan.</p>
<p>A cette époque il y avait des projets que je n'avais pas le courage de mettre en place, des pseudos qui semblaient se multiplier dans mes profils ICQ (23339434 pour les nostalgiques), des Morsures d'encre avec Nicole, Olga et Anne-Bénédicte Joly, qui aura au moins réussi à pondre un roman dans lequel <a href="http://ab.joly.free.fr/litterature_adulte/dommage%28s%29.shtml" target="_blank">la réponse était dans le titre</a>, des voyages en train en rafale (déjà !), des doutes, des frayeurs, des angoisses, une vie de célibataire incluant une friteuse et tout ce qui permet de tenir debout en dépit de l'inutilité flagrante de l'existence.</p>
<p>Huit ans plus tard, seuls les noms ont changé, la dynamique reste vraie. On parle d'Eau Sale et de projets en pagaille, d'envie frustrées et d'illogismes vénérés. On ne parle plus beaucoup d'Anne-Bénédicte, c'est vrai.</p>
<p>Or, ce matin, je me suis rendu compte que je titubais et que j'avais très mal aux jambes et au ventre en allant au travail, que le trajet en métro était un supplice et qu'à chaque escalier j'avais l'impression de mourir.</p>
<p>Trop d'alcool, à nouveau ?</p>
<p>Que nenni : je suis toujours au régime violent et je n'ai pas bu une goutte depuis un mois. En fait, hier soir m'a pris l'idée saugrenue de faire... un jogging. Ca faisait 20 ans que je n'en avais pas fait : mon corps a modérément apprécié la tentative et aujourd'hui le moindre mouvement génère une série de courbatures aussi atroces que ridicules.</p>
<p>Bref : j'ai beau essayer d'assainir (un peu) mon hygiène de vie, je me retrouve encore à souffrir dans les escaliers.</p>
<p>C'est pourquoi je sens planer sur moi cette sourde ironie, à la fois mordante et rageuse... Rien ne change au final quelle que soit la direction que l'on décide de prendre.  Et si le ridicule tue, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il prend son temps.</p>
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