L'Eau Sale
27jan/09Off

Eva Lunaba

Eva Lunaba n’est pas une amie, mais j’aimerais bien qu’elle le soit...

Eve Lunaba n’est pas non plus une collègue, parce que je ne travaille pas assez, mais j’aimerais sans doute qu’elle le soit aussi...

Si j’avais une maison d’édition, Eva pourrait faire partie de la même fournée, car nous avons fait nos armes ensemble, sans jamais nous rencontrer ou nous parler...

Eva Lunaba est une digne représentante de la littérature Montpelliéraine, et rien que pour ça, elle mérite d’être connue...

Un mini coup de cœur pour cette sœur de maux, donc, dont les écrits et les thèmes me touchent. Il y est question de femmes, de souffrances, d’érotisme, d’injustices, de droits bafoués, de sensualité, de douceur et de violence, dans une recherche toujours subtile de la formule qui touche et transgresse sans jamais agresser (à l’opposé de moi, donc).

Bien plus complète que moi, Eva écrit, lit (à voix haute), partage, frôle, s’aventure, essaye et bien souvent réussit. Bref, Eva Lunaba, c’est pour moi quelqu’un de bien.

Pourquoi je vous dis tout ça, là comme ça ?

Parce que le dernier ouvrage d’Eva, Tant que c’est toi, est actuellement en lice pour le Prix Leo Scheer « B », et que ça me fait plaisir, vraiment.

A suivre de près, donc :

--> Tant que c’est toi.

--> Le site d’Eva Lunaba

22jan/090

Premieres questions

Le plat est servi à même la table. Un chien, allongé. Un gros truc, blanc crème. Genre labrador. L’idée que je me fais d’un labrador, en tout cas. J’y connais rien, en chiens.

J’aime pas les chiens, c’est aussi attachant que stupide, en général. Mais c’est pas le sujet, d’accord.

Bref, le chien est sur la table, éventré. Tout son abdomen est grand ouvert, vidé, nettoyé. Il n’y a plus que la chair. Il a été soigneusement préparé, sans doute bouilli. Le pelage de la bestiole est intact, propre. On attend juste que je le mange. Je ne sais pas qui a préparé ce plat, peut-être ma mère. Ou une femme amoureuse. Peu importe. On l’a préparé pour me faire plaisir, mais l’idée même d’y toucher me révulse. Je sens qu'on me regarde, qu'on attend que j'y goûte, vraiment.
Alors, soumis, je plonge les mains dans la carcasse et je commence à en extraire des morceaux de chair. La texture est un mélange de veau et de poulet, chair blanche, bouillie, facilement détachable avec les doigts.

Je porte la viande à mes lèvres. C’est mal cuit, un peu tiède. Le goût est d’une indéfinissable fadeur. Je suis pris d’une tristesse absolue.

Réveil.

Cinq heures du mat’. Lit trempé de sueur. Mal mal mal mal.

Se rendormir.

Un autre réveil, deux heures plus tard. Chargé de poisse, de pesanteur et d’inertie. Une épave, vraiment. Ouvrir les yeux, en dépit de chaque atome de mon corps qui HURLE pour rester en sommeil. Le cauchemar devient alors tout autre. Le froid, la douleur. L’envie d’autre chose. Le long déroulé de la cérémonie du réveil passe alors en accéléré. Se traîner hors de la couette, affronter le froid. Tant pis pour le café, tant pis pour la douche. Juste sortir, sortir de là ou ne jamais y arriver. S’extraire de l’appartement. La rue glaciale, la pluie qui tombe, s’écrase sur moi. La gare. Les gens. Regard perdu. Le quai. Mouillé. Un regard en coin vers l'escalier. Attendre. Ne rien ressentir vraiment. Penser juste au morceau "Forever Broke". Il pleut de plus en plus fort. Je voudrais juste rentrer chez moi.

Le RER. Je suis le premier dans le wagon vide. Je me blottis dans un petit coin. Bientôt rejoint par deux nanas, la petite quarantaine, pas très jolies, caricatures de secrétaires. Elles sont amies, voisines ou collègues. Et elles parlent. Elles ne font que ça. Elles me brisent le crâne avec leur babillage. Le wagon est vide, elles ont TOUTE la place du monde, et elles viennent tchatcher devant moi.

Alors tout y passe : « je me suis remis à lire, j’ai retrouvé le fil et je n’ai rien perdu de l’histoire, c’est vraiment bien ce bouquin, on sent qu’il en avait marre de travailler à la télé », « le chien (encore un) a vomi sur le canapé, hier. Du coup je l’ai envoyé passer la nuit dans le garage. Non, ça va, je le protège super bien. Un produit contre les taches. », « Tu as pu penser aux places de ciné ? C’est dommage, j’avais mon chéquier sur moi » .

Babillages, commentaires. Elles lisent chacun leur métro, font un concours de vitesse sur les mots croisés. J’essaie de me concentrer sur mon plan ou sur ma douleur, je ne sais pas trop. Impossible. Elles parlent, elles parlent, elles parlent. Elles ne font que ça, tout le temps, pour tout, pour rien, elles veulent remplir chaque espace de chaque seconde avec leur vomissement verbal. Elles gloussent, elles piaillent, elles sont juste à baffer tellement c’en est insupportable.

Un homme arrive après quelques stations, s’installe à la dernière place restante. Le casque de son MP3 crachouille le rythme énervé d’une techno pourrave. Les deux femmes le regardent, le toisent. Persiflent. « Le bruit, ça m’agresse, moi » sussure l’une des deux.

Moi c’est ta connerie qui m’agresse, mais on va tous les deux survivre à ça, normalement.

C’est en descendant à ma station que j’ai un flash qui me renvoie au rêve de cette nuit. Petite révélation matinale…

Un flash.
Un putain de flash.

« You're watching an old movie. It shows a banquet in progress, the guests are enjoying raw oysters. The entree consists of boiled dog stuffed with rice. The raw oysters are less acceptable to you than a dish of boiled dog.”

C’est… C’est une question du test de Voight-Kampff.

Que se passe t-il? D’habitude c’est moi qui les pose.

Intéressant

“You know that Voight-Kampff test of yours… did you ever take that test yourself ?”

19jan/09Off

6h16

Sortie de la Gare. Chancelant. Tentative de métro. Quai. Attente. 8 minutes annoncées. Puis 7. Cela me semble indécent pour un métro. Comme une inflation de minutes venue de nulle part. Il est 6h16, cela vient peut-être de là. Le métro en général, quitte le quai au moment où j’arrive. Puis un autre le remplace, deux minutes plus tard. Cela fonctionne comme cela. 8 minutes. 480 secondes. Indécent, vraiment, surtout pour une seule station avant de changer. Atteindre Bastille, reprendre la 8. Direction Balard. Impatience, absurde sentiment d’injustice. Pas envie d’attendre, pas envie de rester planté là. Dégager, avancer, sortir de là.

Enchaîner les couloirs. Déserts. Vides de la moindre âme. Escalator. Affiches. Pas envie d’être là. 6h16. Putain.

La sortie. Vent glacé dans la tronche. Escalier détrempé. Il pleut. Tant pis. Sortir quand même.

La rue, MP3. En boucle. Boa de Duvet. Ou l’inverse, j’ai jamais su. Je vois juste le chapeau qui reste figé en l’air et le corbeau qui passe. Vous ne pouvez sans doute pas comprendre. Pas grave. Ca n’est pas très important.

Il pleut vraiment. Rideaux de pluie qui se jouent des réverbères et des feux de signalisation. Le boulevard Diderot est couleur de miroir. Les Cadrans sont à peine visibles, de l’autre côté. 6h16. Je me sens mal foutu de partout. Impression de glisser, d’être sorti du cadre. Entre deux existences, je me cherche péniblement une place.

Je remonte la rue. Je passe devant chez Renaud. Un voile de tristesse me serre un peu le cœur. Je réalise que je suis allé trop loin, dans tous les sens du terme. Retour en arrière, direction Bastille. Nouveau décor. Avancer, toujours. Dans cette rue la sensation de pluie est différente. Ici, elle est plus légère, dispersée par le vent. Peu de passants. Peut-être qu’il suffit d’attendre 8 minutes pour les voir arriver.

6h16. Mon cerveau est resté bloqué à cette heure, en dépit des horloges que je vois ici et là. L'heure ne me touche pas, ne m'affecte pas.

Je change de registre. Untitled d’Interpol. L’un des plus beaux morceaux au monde. J’approche doucement de Bastille. Bâches qui flottent au vent et immeubles fantômes. Des sans-abri, ici et là, recroquevillés dans leurs sacs de couchage. L’opéra, qui se dresse, improbable. Je crois que je ne ressens plus rien.

Et puis, par delà les ombres et les arbres et les hommes, il y a l'issue en plongée. Le métro, encore.

Y aller, cette fois. Se dire que ce n’est pas si grave. Accepter de passer de l’autre côté. Quelque chose qui ressemblerait à un autre chose. Un pas en avant qui emmènerait vers un autre côté. Une ligne. Un coup d’aiguille vers le bas. Tac. Et il serait… 6h17. Sans doute un peu plus. Peu importe. Avance rapide. Escaliers escalators couloirs station saleté affiches panneaux navigo sonnerie portillons passe couloirs affiches encore escalator rails attente rame laisser descendre monter saleté silence tûûûuût fermeture.

Dans la rame les gens dorment, tête ballante. A quoi rêvent-ils ?

Je suis seul sur mon siège.

...

Je suis de moins en moins réel.


15jan/09Off

Polar

Bon, voilà. Je viens d'acheter un Moleskine de plus pour la prise de note sur ce polar qui me trotte dans la tête...
Je me demande si c'est l'eau sale et cette furieuse NON-ENVIE de le corriger qui m'incite à trouver instinctivement d'autres idées ailleurs... comme une échappatoire vers un éternel roman au brouillon que je n'aurais jamais à reprendre.

Je ne sais pas pourquoi j'agis ainsi. Mélange de peur et de flemme. J'imagine mon cerveau, tellement mal à l'idée de foirer les corrections, se remettre systématiquement à recréer des histoires nouvelles pour n'avoir jamais à assumer l'échec d'un texte mal fini.

Bref, de ne laisser derrière moi que des ébauches, que des choses floues aux contours mal dessinés.

Un auteur qui reste au brouillon toute sa vie.

Je préfère ne pas y penser...

Me voilà donc avec un nouveau synopsis dans les neurones. Polar. Noir. Miséreux. Loques humaines qui survivent comme elles peuvent. Appartements minables. Le personnage se dessine de plus en plus. Un ( ou une ??!) ex mlilitaire. Seul, vraiment seul. Qui remplit les rues avec son blues et mène ses enquêtes un peu au hasard. Pas vraiment privé, juste des services de bon voisinage. Une visite quidée du dixième dans le sillage d'un futur cadavre.

Titre provisoire de la première page de ce nouveau carnet : Paris X
On verra bien...

14jan/090

They call me hell, they call me stacey…

Etrangement zen, ce matin. Oui oui, ça fait un choc, je sais. Je sirote tranquillement un café en évaluant mes tâches professionnelles du jour, toutes plus inintéressantes les unes que les autres. Et je me dis que je m’en fous. Que l’essentiel n’est pas là. Que j’ai tant de choses à faire en si peu de temps. Que cette idée de polar me tente de plus en plus, que ce serait un exercice intéressant. Tout ça c’est de la faute de Ken Bruen. Je finirai bien l’eau sale tôt ou tard. Plutôt tard que tôt, quand on voit à quel point ce chapitre deux (pourtant déjà écrit !!) me pose problème : en ce moment j’en suis à une phrase par semaine, ce qui n’est pas un rythme rapide, même contenu de mes propres critères.

Mais curieusement, ce matin, un équilibre entre fatigue, joie de vivre, désespoir, ambitions et obsession s’est miraculeusement installé pour quelques minutes… peut-être quelques heures ?

Je me sens bien, je relis un mail et je souris intérieurement, sans doute ravi d’avoir finalement toujours réussi à brouiller les pistes.

Je tiens un blog, je m’exhibe en apparence, et pourtant je reste flou. C’est ma façon à moi de me protéger, de vous noyer de messages qui au final ne disent pas grand-chose. De toute manière, je ne suis pas là pour raconter ma vie, mais la naissance d’un roman riche en potentiel.

Ce qui me concerne n’a donc que peu d’intérêt, sauf si ça influe ou non sur le rythme de mon écriture. Et je dois dire que ce flou artistique m’arrange au plus haut point. Quand je cumule les certitudes ou les suppositions des uns et des autres sur ce que je suis, j’obtiens un maelstrom de tranches de vies contradictoires et je dessine un personnage hautement improbable.

Voilà ce que j’ai reçu hier :

« Enfin… moi ça me fait rire les gens qui se plaignent de ton « agressivité » aujourd’hui… moi je te trouve doux comme un agneau… »

Franchement je trouve ça sympa. Parce que lorsque je tente de cumuler les récentes visions de moi, je découvre que je suis : complexé, macho, gay, trop sensible, trop cynique, coureur de jupons, violent, jaloux, indifférent, inhumain, perdu, froid, lapin crétin, trop matérialiste, calculateur, carriériste, intello, stupide, communiste, facho, centriste…

Avec une certaine angoisse on m’a soupçonné d’être un adepte de l’amour platonique. On a vu en moi un leader ou un mouton, un guerrier ou un lâche…

Il y a de cela quelques années, j’en ai beaucoup souffert. Trop d’exposition, trop de « moi, je », trop de sincérité dans mes propos.

Aujourd’hui je me cache en me montrant, un exercice de style qui me permet de préserver l’essentiel, de faire la différence entre mes proches et mes lecteurs (même si les uns peuvent être les autres et réciproquement) et de maintenir la marge de sécurité nécessaire à une vie sereine. (Anne ma sereine)…

J’avoue, je me suis souvent senti violé, fouillé, exhibé, interprété, trahi. Depuis je fais gaffe. Je me cache. Je vous noie sous les humeurs et les réactions et je dissimule mes idées et réflexions. Je ne livre plus que la surface des choses, l'inutile et l'éphémère, l'instantané...

Alors j’écris ces lignes avec facétie, dans un élan de sincérité que je regretterai peut-être. Ni tueur ni agneau, ni intelligent ni spécialement con, je me protège et je protège avec moi ceux que j’aime, en les dissimulant à la face du monde (big brown bag sur la tête), en éclusant des bières avec eux autour de scripts raturés, en pensant à leur vie Rouennaise, Chelloise, Allemande, en regardant leur baskets, en les imaginant gérer leurs troupeaux de fromages, en voulant recréer la dernière séance ou en leur envoyant une baffe dans la tronche quand parfois j'estime qu'ils en ont besoin.

Mais au final, je suis comme je suis. C'est-à-dire, pour vous, un inconnu.

Et quoi qu’on en pense, c’est très bien ainsi.

I ain’t freakin, I ain’t fakin this.