Je suis juste à baffer
Je rentre chez moi. Je me prépare un thé Mariage. Je regarde la théière. J'ouvre la seconde partie de l'eau sale. Je relis une phrase. Puis deux. Une petite correction, ici. Page suivante.
Sentiment de gêne.
Je poursuis mes corrections. Une phrase que je trouve bonne, peut-être mal placée. Je copie-colle dans mon fichier qui gère les idées "à replacer" ailleurs.
Sentiment de gêne.
Je regarde la théière. Je tente de laisser filer tout sentiment de rationalité, tout sentiment de peur de correction. Je me dis "si quelqu'un d'autre avait fait ce texte, qu'en dirais-tu ?"
Et j'ai le flash.
Un déroulement dans les scènes n'est pas logique. Il sollicite beaucoup d'allées et venues alors qu'il y aurait moyen de faire autrement.
Il faut juste...
juste...
...changer pas mal de choses.
Mais c'est l'histoire qui décide, n'est-ce pas ?
La 3e partie devient donc la seconde, et inversement. Avec tout le travail d'adaptation qui va aller avec.
Je n'en sortirai jamais, peut-être. Mais au moins, je n'aurai rien à me reprocher. J'aurai tout fait pour que l'histoire s'installe, vive.
Je suis juste à baffer. Insatisfait, ampoulé, alambiqué. Et c'est justement cette quête de la simplicité qui me coûte le plus.
Comme tu disais, Emma... "Sur le métier..."
Je me sens un peu découragé, ce soir.
Insert
Je relève les yeux de mon chapitre. Je vais me préparer un thé.
Au passage, j'écarte doucement les rideaux noirs.
La pluie légère se densifie soudain. Flotte un peu plus longtemps.
Les nuages, toujours plus bas, se confondent dans une immensité de gris.
Dehors il neige.
J'ai froid.
J'ai froid, sans toi.
- - - - - - - -
La pluie battra les vitres. Heurtera. Le plafond de toute sa rage. Et Julia sera. A moi. Elle ne me quittera pas. Elle m’embrassera et tout deviendra enfin vrai. Tu sais ? Tu arrives, Julia.
Arriver, arriver, je dois la voir arriver. La fenêtre n’est pas au bon endroit, je ne sais pas comment la bouger. Je change de pièce, l’appartement est à l’envers, il ne regarde pas la rue. Tout se mélange. Je sais je sais je sais… Elle ne viendra pas si je ne la vois pas. Elle ne viendra pas si je ne l’attends pas. Je dois être là. La guetter. Où ? La fenêtre n’est pas à la bonne place ! Vérifier encore. Visage collé contre les carreaux. Cour intérieure. Où est la rue ? Elle est partie, elle aussi. Je vais… Je sais ! Dans la rue. Descendre. L’attendre. L’arrêt de bus. L’attendre. Dans la rue, attendre la pluie. La pluie qui descend du bus. Julia. Tu vas venir. Tu vas venir n’est-ce pas ? Je vais aller dans la rue, tu me verras. Tu peux venir, maintenant, je serai là. On joue ? Je ferme les yeux. Je commence à compter, tu peux descendre. Toi et la pluie, vous pouvez venir. Dans le bus. Je serai dans la rue. Non non non ! Ca ne marchera pas. Pas comme ça. Oh non... pas DANS la rue. Ca ne pourra pas marcher. Trop de monde, trop de pluie. Et les pigeons. Il y aura les pigeons. Tu ne me verras pas. Avec la pluie tu ne me verras pas. Tu marcheras vite. Pas dans la rue.
Juste.
Au-dessus.
Arena sessions
Depuis ce matin, 8h30, je suis entré dans une phase décisive d'écriture. Enfermé, dans l'obscurité, musique en boucle, je travaille.
De ceci doit sortir de quoi travailler de façon violente et rageuse, pour la période qui approche.
Ma copie, quoi qu'il arrive, devra être rendue le 20 mars.
Prenez soin de vous.
Etat des lieux, Zone II
L’Eau sale.
Rien que le titre, ça ne manque pas d'impact, je trouve. Je ne me suis jamais senti très à l'aise sur les titres, j'avoue. En général, quand j'apprécie l'un de mes titres, le texte qui va avec est tout pourri. (J'ai une nouvelle qui a pour titre "A l'intérieur du rouge des croix" et une autre qui s'appelle "Derniers échos d'une vie ordinaire", que je trouve des titres réussis, mais vaut mieux pas les lire et s'arrêter au titre, je vous assure).
L'Eau sale, donc.
Je ne sais pas pourquoi c’est difficile, si violent dans ma tête. Après tout, ce texte n’était à l’origine qu’une nouvelle… qui s’est agglomérée avec une autre, et encore une autre… Jusqu’au jour où j’ai réalisé que tout ce que j’avais écrit à ce jour allait dans la même direction.
Et me voilà en face d’un roman. L’Eau sale. Quelque chose que je ne maîtrise pas encore, que je méprise pourtant.
Le roman devait être « simple », attaqué au cours de l’été, bouclé au plus tard en octobre.
Et puis… Ca a dérapé.
Grave.
A tel point que je ne m’y retrouve plus.
Alors…
L’eau sale progresse, s’installe dans le concret, dans un phrasé qui prend des tournures de plus en plus définitives.
Le chapitre deux qui me faisait si peur a été totalement réécrit. Je peux même annoncer que l’intégralité de la première partie du roman, qui en comptera 5, au final, et non plus 4, est achevée ET corrigée. Elle sera envoyée dans les prochains jours à ma correctrice de choc pour un premier regard extérieur.
Le reste, paradoxalement, me semble – pour le moment – bien plus accessible. L’histoire est fluide, hargneuse, relativement courte, et demande en priorité un gros travail d’équilibrage et de souci de cohérence, bien plus qu’une réécriture aussi abrasive que ne l’était celle des premiers chapitres.
Tout cela peut (et va !) évidemment changer, ça ne surprendra personne.
Dans les prochains jours, je vais louvoyer quelque peu en m'attardant sur des projets périphériques (créer un "pitch" pour l'histoire, travailler sur la bande son...) voire totalement éloignés, histoire de souffler un peu.
Un très grosse session de travail prendra cours dans 10 jours, (pour une durée équivalente) avec écriture à plein temps et première vision globale des chapitres.
Les choses avancent, donc.
Etat des lieux, Zone I
« Eh bien, me voici de retour », dit un jour Sam Gamegie alors qu’il s’en revenait des Havres Gris.
Ce matin, après cette escapade de quelques jours, je ressens comme un besoin de faire un rapide état des lieux sur les circonstances de ma petite existence.
Commençons par les choses les plus simples et les moins évidentes.
Mon nom est Olivier F. Thomas. Je suis écrivain. Va falloir un jour que je me fasse à l’idée. C’est comme ça. Même si cela me fait horreur, même si je préférerais me tirer une balle dans la tête plutôt que de devoir assumer la paternité d’un ouvrage, c’est ce que je suis, profondément. Et cela n’est pas négociable.
Je suis en cours d’écriture d’un roman qui s’intitule L’eau sale. Vous qui venez chaque jour sur ce petit blog de moins en moins anonyme, vous savez ce qu’il m’en coûte de noircir ces pages de douleur. J’assume plus ou moins bien, cela dépend des jours. Mais j’irai au bout, quoi qu’il arrive. Parce que l’abandonner en route serait au final encore plus douloureux.
Cela m’est difficile, parce que je déteste écrire. Mot à mot, cela me détruit, influence mes humeurs, mes relations et ma façon complète de voir le monde. J’ai l’impression constante d’être appelé à faire quelque chose que je HAIS, de me faire souffrir en continu, de façon compulsive et désespérée, à la recherche d’un soulagement aussi aléatoire qu’éphémère.
Non, je ne vais pas bien.
Je vais d’autant moins bien que je jalouse en permanence la vie de ceux qui ne souffrent pas des mêmes maux. Soit parce qu’ils consacrent leur temps à des choses qu’ils aiment faire (leur famille, leurs loisirs, leur vision du monde), soit parce qu’ils sont trop stupides pour réaliser qu’ils s’ennuient et qu’ils gaspillent le peu de temps qu’ils ont à vivre à se lamenter.
Lorsque vous rentrez chez vous, le soir, après une journée de travail, et que vous allumez la télé en vous disant, « allez, un peu de détente après cette dure journée », je vous hais.
Parce que lorsque moi je rentre le soir après la même dure journée, je dois me dire : « allez, au travail ». Et, lorsque vous laissez la soirée où le week-end couler en douceur devant vos DVD, vos livres, vos consoles, je vous envie. Je vous envie parce que ce qui vous parait naturel m’est inaccessible. Ou plutôt, toute oisiveté de ma part (et je suis très doué pour l’oisiveté, je vous assure) est très vite source d’un violent sentiment de culpabilité.
Mes soirées, mes jours de repos, mes vacances sont consacrées à cet exercice vain d’écriture dont je ne sais me défaire
Bref, quand vous me jugerez irascible et d’humeur changeante, pensez simplement à ce que vous allez faire ce soir, en rentrant du travail, de ce que vous allez faire de vos vacances. Et avant de me juger capricieux, mettez vous à cette place glauque et noirâtre qui est souvent la mienne.
Je ne suis pourtant pas à plaindre, attention ! Je mange à ma faim, j’ai un toit sur la tête et je mène quelque part une vie qui mérite pleinement d’être vécue.
Mais tout ceci a un prix.
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A lire très vite : Zone II -- Des nouvelles de l'Eau Sale.