L'Eau Sale
30jan/100

Wonder Boys…

Aujourd'hui j'ai envie d'un film qui ne peut pas me faire de mal, qui ne pourra pas me déloger de ma cachette... qui me caressera dans le sens du poil. :)

Comme Wonder Boys.

29jan/100

Like i’m in the way

29jan/100

Black Summer, Warren Ellis

Flingué par ma matinée d’hier, je me suis donc consolé dans l’achat, un peu compulsif, de bandes-dessinées. J’avoue que l’écriture de l’eau sale m’a longtemps maintenu de tout livre, bédé ou film. Quand je bosse, je ne veux pas savoir ce qu’il se passe autour de moi. Peur de l’influence directe, peur de la comparaison, aussi.

Bref.

La première bédé, Sisco, m’a laissé plus que perplexe. Le scénar est pourtant original : dans la France d'aujourd'hui, le sombre parcours d’un tueur de l’Elysée. Le personnage est charmant dans sa noirceur mais hélas tellement stéréotypé dans son machisme et dans ses répliques creuses qu’il en devient indigeste. Le dessin, figé, est un peu « too much » mais ce sont surtout les dialogues qui me posent problème. La collection troisième vague proposait jusque là des albums à ce jour irréprochables (Alpha, IRS…) mais la subtilité manque vraiment sur cet album-ci. A confirmer ou infirmer dans un second album. Pour le moment je reste sur ma faim et je regrette un peu mon achat.

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Ouais, je me la pète grave, je sais...

En revanche, la seconde bédé, Black Summer, est un chef d’œuvre intégral. Dans la droite lignée des Watchmen, la bédé est signée Warren Ellis, grand nom du Comics contreculture, dans la lignée de Moore (Watchmen, V pour Vendetta…) et Morrison (Les invisibles, Arkham Asylum…).
J’avais déjà apprécié le travail d’Ellis dans une bédé hallucinante parue il y a un an ou deux, et dessinée par Ben Templesmith, Fell, l’histoire d’un flic placide dans une ville assez proche d’un silent hill version calme. Le propos, sombre et glaçant, m’avait vraiment accroché.

Avec Black Summer, Warren Ellis dépoussière violemment les Watchmen en installant leurs avatars dans un contexte totalement contemporain.

L’histoire démarre dans le sang : le membre le plus actif d’un groupe de super héros décide un jour que la guerre en Irak est illégale, que la politique américaine est injuste et que George W Bush a trahi son pays. Il l’assassine donc avec l’ensemble de son cabinet et demande la mise en place d’élections immédiates.
Devant un acte aussi barbare, sous le contrôle omniprésent des médias et de l’armée qui prennent désormais les super héros pour cible, les autres membres du groupe s’interrogent.

Doivent ils tuer leur ancien collègue, se terrer, ou le rejoindre dans sa démarche ?

Dans une réflexion tout à fait pertinente sur le rôle social et politique du super héros, Warren Ellis entraîne le lecteur dans une spirale de violence particulièrement radicale. Le super héros, lorsqu’il sauve des vies, agit toujours dans l’illégalité. Le Président des Etats-Unis, lui, peut envoyer mourir des soldats et massacrer des populations civiles dans l’absolue légalité. Et cette réflexion, point d’appui essentiel dans la démonstration pamphlétaire de l’auteur, nous incite à réfléchir à notre monde quotidien, celui où les super héros sont absents, où les « grands méchants » sont rarement contrés, et où cette image de Superman reconstruisant à lui tout seul la maison blanche à la fin du film, devient brutalement détestable.

28jan/100

En fuite

Gare de Lyon je regarde les gens qui défilent, les valises qui roulent, les pigeons qui sautillent. Assis sur les marches du grand escalier qui remonte vers le train bleu, je devine dans les regards et dans les élans que les gens sont pareils à moi. En fuite.

La nétéconomie m’a fait du mal, cette semaine. Mercredi soir, j’ai osé mettre noir sur blanc mes quelques revendications sur les nombreuses carences de l’entreprise à mon égard. Des choses sans importance et inutiles, si on s'y attarde un instant. Dans le détail, des légèretés. Mon contrat, qui n’est pas à jour, le refus silencieux de me payer le train pour mes Marseille-Paris, les nombreux dysfonctionnements de mon service, chaque jour un peu plus déplorables. Au terme de l'entretien, j’ai reçu un discours moralisateur sur les grands challenges de cette année. La motivation qu’on m’a donnée pour m’inciter à travailler ? « Ca fera bien sur ton CV » quand tu partiras.

Ce matin, ma chef bien-aimée s’est amusée à passer en revue quelques unes de mes inconsistances, relevant quelques erreurs dans mes tâches régulières et surveillant soudain (et pour la première fois en trois ans) mon emploi du temps.

C’est peut-être de bonne guerre, je ne sais pas. Mais ça m’a fait mal. Surtout en ce moment, où j’ai de plus en plus de mal à rassembler assez de bribes de réalité pour m’y maintenir une journée entière. Cela m’a fait mal, oui. Regard froid et ton sec. Je me demande s’il y a une école pour ça. Pour switcher en mode cassant et désagréable. Je me demande combien de temps cela prend ?

Cela m’a fait mal. Pas assez toutefois. Pas assez pour réveiller assez de colère et me faire partir. Pas assez pour tenter de dénicher des piges, comme un chien affamé qui fait les poubelles, qui frappe à toutes les portes. Pas assez pour refaire mon CV. Pas assez pour déclencher ce changement de vie salutaire que mes proches me pressent d’accomplir. Pas assez pour rêver.

Je suis parti à 14h, sac sur le dos.

Gare de Lyon, j’erre dans les halls en attendant que le train pour Marseille soit annoncé. Je n’ai plus d’argent depuis 10 jours mais j’en dépense quand même… Warren Ellis, Ken Bruen… Besoin de plonger dans le cauchemar des autres. Salle Méditerranée, je regarde derrière-moi, comme si j’étais suivi. Comme si on me voulait du mal. Comme si la nétéconomie avait encore un pouvoir sur moi, en dépit de mon RTT, en dépit des quelques stations de métro qui nous séparent. Je suis en fuite et ils ne me rattraperont pas. Pas aujourd'hui en tout cas.

J'ai peur et sans me lever je me cache dans la foule qui danse et qui dessine des mouvements. Je m’y noie dans un urgent désir de protection. A l'intérieur, j'y croise des visages qui sont d’autres visages.

Je vois des gens que je connais. Je vois des gens que j’ai envie de croiser. Des gens qui m’aiment, je crois. Des gens qui me font du mal, parfois, mais parce qu’ils ont peur pour moi, d’un certain point de vue. Des gens qui espèrent que je ne vais pas finir mes jours dans la nétéconomie.

Dans les visages je vois Mr M. et je vois Régis et je vois Elise que je ne reverrai plus et je vois ma voisine de table au restaurant qui racontait ses rendez-vous Meetic à un ami qui rêve de la sauter mais qui se tait et qui écoute en compatissant et à rêver que son histoire finira comme When Harry Meet Sally sauf qu’il a compris, déjà, que ça n’arrivera pas, et je pense à cette rouquine croisée dans le métro, hier, qui racontait qu’elle sortait d’un casting et qui disait que c’était pas facile depuis l’arrêt de Femmes de Loi mais qu’elle ne voulait pas faire de pub parce que les castings sont insupportables, on est toutes là à se dévisager et ça pue et je ne sais pas ce que je vais faire ensuite, ohlala. Je ne sais pas pourquoi je pense à eux.

Je pense à eux comme je pensais à Renaud, hier soir, non loin de cet appartement où il affrontait le départ de Laure à grands verres de Téquila frappée

Je pense à Hervé qui est heureux et je pense à Eric qui est en transition et je pense que je m’éloigne et que je n’y peux rien, que je n’arrive pas à faire autrement.

Gare de Lyon un clochard avance à petit pas. Il a enfilé un gant sur son pied droit. Son pied gauche est nu, boursouflé, cloqué.

Hier soir la nétéconomie a publié un communiqué de presse. Chiffres en nette hausse par rapport à l’année dernière. Les actionnaires sont ravis.

Mon train est annoncé.

Tout va bien.

27jan/100

Waiting room / Panic Room

Non, j'exagère.

Je ne panique pas.

Pourquoi je paniquerais, hein ? Parce que la moitié de mon carnet d'adresse est en train de fouiller les tréfonds de mon âme ? Bof... Ils devaient bien se douter du contenu, quand même...

J'attends, sagement. Sans paniquer. Sans y penser, presque.

Presque.

J'attends que quelque chose se déclenche, qu'un commentaire cinglant vienne fusiller mon absence d'élan. Rendre l'inertie totale. Pan, t'es mort. Voilà.

Et quand je dis que mon carnet d'adresse est en train de fouiller, c'est une métaphore, hein. En fait ils vivent leur vie. Eux.

Ils ne sont pas là, à regarder la grisaille du Xe, en se disant que leur couette les attend 800 km au sud. Eux, il existent. Ils font des choses, accomplissent, développent, progressent. Ils vivent. Ils n'attendent pas une illusoire sortie, ultime pirouette d'avant décès. Ils font des rencontres, ils signent des contrats, ils s'inscrivent quelque part, ils partent en formation, ils évoluent.

Ils vivent.

Et moi, j'attends.

Godot, comme le déluge. Tontaine et Tonton et Madeleine.

Et j'essaie de me dire que ma vie ne dépend pas de cet instant.
J'essaie de chasser cette sinistre réalité de mon esprit.

On me demande à l'instant, dans le monde de nétéconomie, d'écrire deux textes pour la st-valentin.

Est-ce si prétentieux que cela de se dire que l'on vaut mieux que ça ?

J'attends.

Je n'ai pas la force d'autre chose.
Provoquer, défier, faire arriver, remonter le courant...

Non.

Alors j'attends.