L'Eau Sale
29mai/100

Corps perdu (a)

Je me retourne brutalement et la douleur est vive, me coupe le souffle, et je me dis quel con putain c'est pas possible d'être aussi con et je réalise que tout vient de moi, qu'il suffirait de décider d'arrêter d'avoir mal pour arrêter d'avoir mal et je ne décide rien.

C'est comme ça.

Depuis une semaine, une pathologie supplémentaire s'est invitée à la grande garden-party de mes symptômes : j'ai mal au dos.

Vous savez, le truc qui démarre par un point de douleur, ultra-localisé, la courbature à la con où l'on se dit qu'il suffit de dormir pour que "ça passe" et le lendemain non seulement ça ne passe pas mais ça s'est au contraire bien étendu, glissé sur les côtes,  et ça prend les poumons quand je respire un peu fort.

Alors on se dit qu'on est trop con, que c'est VRAIMENT pas possible d'être aussi con, de ne pas réussir à mettre en mots les angoisses et de laisser le corps prendre le relais. Ca donne envie de repos là où il faudrait travailler, de médocs là où il faudrait juste réfléchir, et d'alcool alors que la seule nécessité, la seule finalement, c'est de chasser la peur.

En attendant ces jours heureux où je saurai écrire et penser, je me tiens le côté droit, gobant du Topalgic et du Novacetol comme s'il s'agissait de M&Ms. Mon corps m'échappe. Dicte.

Bwaaaah

28mai/100

Tous les matins…

...je prends mon petit-déjeuner.

P1000616

25mai/100

Le Monsieur d’en bas

cocci

Lundi dernier, quelque part dans la journée du 17 mai, le gérant de la supérette d’à côté est mort. Je ne l’ai pas appris tout de suite : je suis allé sur Paris le mardi matin, je suis revenu le mercredi soir. Je n’ai vu la petite affiche sur la porte du magasin que le jeudi midi, lorsque je suis descendu faire quelques courses. L’affiche n’en disait pas long. Magasin fermé pour cause de décès. Rien d’autre. C’est seulement en consultant les faire-part de décès que j’ai découvert que c’était lui qui était parti.

C’était un Monsieur vraiment gentil, qui aimait bien raconter sa vie. Il avait commencé sur les Docks avant de monter doucement mais sûrement ses propres projets. Il avait une compagne charmante qui était aide-soignante à l’hôpital d’en face. C’était le genre de gérant qui passait beaucoup de temps sur le trottoir, à discuter avec les clients, à vous refiler une baguette de pain frais et La Provence gratos, « pour pas que ça se perde ». Comme j’habite au dessus du magasin, je passais le voir très souvent, pour un peu tout et n’importe quoi.

Je ne sais pas de quoi il est mort, ni quand, exactement. J’essaie de rassembler mes souvenirs pour savoir si je l’ai vu dans la journée du lundi. Je ne sais plus. C’est terrible et ça n’a aucune importance. C’est terrible parce que j’aimerais savoir si je l’ai vu dans les dernières heures de sa vie, un peu égoïstement forcément, savoir si j’aurais pu détecter quelque chose dans sa voix ou dans ses gestes. Depuis quelques jours il toussait beaucoup, se plaignait du pollen. Depuis quelques jours il semblait un peu plus morose, mais je me fais sans doute des idées.

Et ça n’a aucune importance parce que ça n’a aucune importance.

Peu importe la dernière chose qu’il m’ait dite, probablement un « au revoir merci », peu importe qu’il ait eu un accident, une rupture d’anévrisme, qu’il ait subi une agression ou qu’il se soit suicidé. La seule chose qui compte, c’est qu’il soit parti et que ceux qui l’aiment le pleurent sûrement. C’était un Monsieur très gentil.

C’est toujours curieux, ce rapport que l’on a avec quelqu’un que l’on a vu la veille et dont on apprend le décès le lendemain. C’est totalement acceptable sur le plan statistique, et totalement irréel dans un cadre quotidien. Je l’écrivais (sans savoir) il y a quelques jours : « il peut pas être mort, on a rendez-vous ! ».

Ca me fait comme pour Ilaria.

Je ne sais pas combien de temps j’avais vu Ilaria avant son suicide. Sans doute plus longtemps que le gérant de la supérette d’en bas. Elle était en arrêt maladie, j’étais en vacances. Mais quand même. Longtemps sa place est restée vide et ça faisait bizarre de frôler le bureau et de voir ses affaires posées dessus, comme si elle était juste en bas, en train de se faire un café en pouffant avec Anne-Sophie au sujet de tout et n’importe quoi.

Ca fait toujours bizarre, en fait. Même un an après.

Mais ça vient peut-être de moi. J’ai toujours eu un rapport relativement complexe avec la mort, depuis tout petit, sans bien en comprendre la raison. C’est peut-être propre aux dépressifs, peut-être sale aux immatures, je ne sais pas. Mais je sais que j’ai besoin d’en parler souvent.

La semaine dernière, dans le train, je mettais en balance ma propre mort dans un plaidoyer qui parlait de choix, de mort, de souffrances et d’Ophélie. Au moment où j’écrivais ces mots, au moment où je ressentais ces angoisses, le Monsieur de la Supérette était déjà mort.

Je ne sais pas s’il était sur l’autoroute, dans un rail de sécurité, je ne sais pas s’il était dans son lit, allongé à côté de sa compagne qui hurlait. Je sais juste qu’il était parti.

Alors je rassemble mes souvenirs. Je ne sais pas si j’ai légitimité à être triste ou pas mais je m’en fous et je suis triste. Hier, nous avons écrit une petite lettre de condoléance que nous avons glissée dans la boite aux lettres du magasin. Des gens sont venus dans la journée, mettre du papier kraft sur les vitres et vider les bacs à surgelés.

Je tape ces mots et je regarde mon bureau qui se recouvre peu à peu d’ordonnances. Je ne suis pas allé faire les derniers tests sanguins, je n’ai pas pris rendez-vous chez l’ORL, pas pris rendez-vous chez le vertigeologue, pas plus que chez le malaisopathe, je n’ai pas fait la radio panoramique, je n’ai pas pris les médicaments-qui-ne-servent-à-rien-mais-dans-le-doute-prenez-les-quand-même, je n’ai pas envoyé mes feuilles de maladie, je n’ai rien fait et je laisse les feuilles se recouvrir les unes les autres.

J’en ai assez.

Les troubles ne sont pas passés, hein. Pas plus tard que hier soir, le retour du Monoprix fut assez rude. Mais j’en ai assez. Assez de me retrouver en face de médecins différents qui me regardent de haut en bas et qui se lassent de ne rien me trouver. Assez d’appeler des cabinets médicaux et de prendre des rendez-vous pour dans deux mois. Assez de jongler avec mes billets de train, mes arrêts maladie, ma petite détresse et mon spleen à deux balles.

Assez de moi.

Parce qu’il se passe des choses réelles dans mon monde imaginaire, des larmes chaudes là où je n’en vois que des glacées. Et je pense à la supérette d’en bas et à son papier kraft et à ce Monsieur qui souriait sur le trottoir, ce Monsieur qui plaisantait et qui souriait et qui racontait sa vie.

Et je pense à ce Monsieur qui, comme moi.

Avait 36 ans.

20mai/100

Voyage SNCF avec terrine de chevreuil

Voici la dernière qui m'est arrivé hier, dans la série on sait quand on se lève mais pas quand on se couche :)

Donc hier soir, au boulot, ça allait de moins en moins bien. Gros coup de pompe à partir de 16h, avec le syndrome habituel (vertiges, douleurs, malaise, etc). Je n'arrivais même plus à me lever pour aller prendre mon train, génial...
Je suis parti vers 18h, tranquillement, et hop, direction la Gare de Lyon. Le court voyage en métro fut une vraie plaie, bondé, sans pouvoir m'asseoir, et avec cette saloperie d'impression que j'allais tourner de l'oeil à chaque seconde.

Gare de Lyon, train non annoncé. Comme la gare est en travaux, on ne peux plus s'y asseoir. Je commence à me dire que ca n'est pas mon soir, tout en vacillant doucement adossé à un mur.

Je monte finalement dans le train, qui part à l'heure. Première constatation : il fait chaud. Dans mon wagon, le chauffage est cassé, bloqué sur "à fond à fond à fond". Beaucoup de voyageurs vont s'entasser dans les couloirs ou les autres voitures. Moi trop content de pouvoir m'étaler un brin, je m'installe dans le sauna et je commence à me reposer doucement.

Le voyage se passe sans encombre, pendant deux heures 30, et un peu avant Aix en Provence, une double détonation résonne, accompagnée d'une pluie de pierres qui vient se fracasser contre les vitres. Freinage d'urgence du train, qui fait crisser la voie ferrée et les dents des voyageurs pendant plus d'une minute.

Là, silence.

Petit à petit, les voyageurs comparent leurs sensations : au bruit on aurait dit des parpaings sur la voie, peut-être un arbre...

1ere annonce SNCF : arrêt suite à un "choc anormal". Tu m'étonnes.

Une demi heure se passe, pas d'info. On voit des gens courir.

2e annonce SNCF : "nous avons heurté un animal, nous vérifions les dégâts causés sur la loco"

Un bon quart d'heure se passe.

Un contrôleur passe de wagon en wagon, pour apporter des précisions.

"En fait, on ne sait PAS ce qui a été heurté. Un train derrière-nous va éclairer la voie et faire les constatations. Si c'est un animal, on pourra repartir dans une heure. Si cest humain, ca va être beaucoup plus long."

Spontanément, un passager se propose : il est du SRPJ de Marseille et veut bien faire les constatations en attendant une équipe d'Aix. Les gens parlent de plus en plus. Animal ? Humain ? X-Files ? Loup-garou ? René la taupe ?

Et on attend.

Une heure.

Finalement, le train finit par repartir. Au ralenti. On passe Aix en provence en roulant tout doucement. "Gros dégâts", nous annonce t-on. On ne sait pas trop ce que c'était.

Bambi ?

Sa Mère ?

Un autostoppeur ?

Dans le train, les gens se lamentent. Plus de métro, à cette heure. Un jeune homme qui revient d'un entretien d'embauche à Paris me demande si c'est loin, à pied, de la gare au Vélodrome. Je lui réponds que c'est son jour de chance, je vis dans le coin et on vient me chercher. Au passage je récupère une jeune femme blonde, en partance pour le Vieux Port avec sa grosse valise. Il est bientôt minuit, nous sortons du train, tous épuisés. Effectivement la loco a pris une grosse baffe dans la gueule, un peu sanguinolente sur le dessous. Les gens s'amassent sur le quai d'en face.

Mon amie nous attend dans sa 207 azur. Le "taxi bleu" prend du service : nous papotons en route, avec nos nouveaux amis, nous plaisantons sur la situation. "On aurait pu appeler MacDo si c'était une vache. On a de la chance, si on avait été en avion et qu'on ait heurté un chevreuil en plein ciel, ca aurait été plus compliqué."... L'ambiance est légère.

Finalement, nous déposons Colette sur le Vieux Port, et longeons la corniche de nuit pour aller déposer le jeune homme derrière le vélodrome.

J'aime à penser que ces gens, une fois chez eux, se diront que c'était la galère, mais qu'au moins ils n'ont pas eu à rentrer à pied.

Ce matin, au réveil, et en lisant La Provence sur Internet, je découvre qu'un autre accident a eu lieu très tôt ce matin : un homme a eu les jambes sectionnées par un TGV. J'espère que ca n'était pas le même conducteur qu'hier soir, sinon mauvais Karma...

Pour ma part, entre la maladie et la fatigue, je suis décalqué à un point assez impressionnant.

Vivement ce week-end.

18mai/100

Your girlfriend is prettier than mine, can we get back together ?

Train du matin. Sept heures moins vingt, et déjà le soleil s’acharne contre les baies vitrées du TGV. Encore un peu de mer, là bas, au bout, derrière la colline. Bientôt plus rien. Du vert. Sans intérêt.

Dans un train plus rempli qu’à l’habitude, je tente de canaliser mes élans. Un écrivain qui n’écrit plus, c’est devenu tellement banal que c’en est triste. Mais comment expliquer autrement cette multiplication d’inertie qui me coupe les pattes à chaque tentative.

Des exemples ? J’en ai plein.

Je m’étais dit : « et pourquoi ne pas me faire une place au soleil » ? Idée simple mais efficace : raconter les aventures quotidiennes d’un parisien pur jus dans un monde hostile : Marseille. Je trouve un nom, j’écris deux ou trois textes…

Et puis bof.

Dans le doute, j’envoie les textes à « La Provence », en me disant que ça pourrait faire une chronique hebdo sympatoche, et en me disant surtout que ça me motiverait à en écrire d’autres…
Aucune réponse de leur part, pas envie de relancer, je m’endors là-dessus.

Autre idée (que j’ai dans mes cartons depuis très longtemps) : faire un site ou un blog de quartier, aller voir les assoc’s, les commerçants, les restaus, mettre en avant leurs activités, leurs promotions, raconter l’histoire du quartier, les services municpaux, etc. Je pourrais sans doute mettre à profit toute mon expérience d’un web municipal et de la nétéconomy pour rendre cela rentable.

Mais bof.

Ce matin dans le train j’ai eu envie de poursuivre « Devenir ça », le roman sur lequel je veux travailler après l’Eau sale. Je me cale devant le texte. Je relis ce que j’ai écrit. Et au bout de quelques phrases, je réalise que j’ai déjà travaillé dessus quand j’étais à l’hosto, et pris les notes d’un plan détaillé dans un carnet… qui est resté chez moi.

Alors bof.

Je relis mon texte et je me dis que c’est Nicolaï qui a raison, que la dispersion est une sorte d’ennemi invisible qui a vocation à me faire beaucoup de mal. Je me dissipe, je me perds.

Alors je referme l’ordi et je dors.