Sweet Anne
Ce soir je suis dans l'appartement d'un ami parisien, dans le XXe, je goûte la tiédeur du soir en buvant une Despé, et je savoure le plaisir d'être en vie. Facebook m'annonce une belle nouvelle : Anne Savelli fait parler d'elle...
Anne Savelli est quelqu'un qui m'est proche alors que je ne l'ai jamais rencontrée. Elle m'avait marquée sur Manuscrit.com, sans que je ne sache pourquoi. Après des années de silence, je l'ai retrouvée par hasard, sur Facebook, et j'ai pu reprendre le fil de son parcours.
Il y était question de Fenêtres, de cent-quatre et de Cowboy Junkies, ce groupe que vous ne connaissez pas mais qui gagne à l'être et qui m'accompagne depuis des années.
J'ai lu, sans lui dire. J'ai suivi, en silence.
Ce soir, au hasard d'une page, j'ai découvert qu'un événement heureux était attendu pour le 8 septembre.
J'ai hâte.
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A votre tour de la suivre...
http://fenetresopenspace.blogspot.com/
Sueur, torpeur, moiteur, lecteur…
J'étais en train de fondre gentiment sur mon bureau, avec les doigts qui collent au clavier, un oeil en coin sur le thermomètre (31 degrés à l'ombre, amplifiés par l'effet d'un large hangar sans clim') quand j'ai réalisé un truc.
Le lecteur qui démarrerait la lecture de l'eau sale aujourd'hui, il serait pas mal dans l'ambiance, je trouve. Chemise plaquée par la sueur, puanteur d'autobus, on est vraiment dedans (à Paris en tout cas).
Du coup, je me demande si cela pourrait donner une valeur ajoutée au texte, ou si au contraire ça le rend antipathique : "arrête de me parler de chaleur, je la sens assez comme cela".
J'avoue que l'essentiel des scènes de chaleur, je les ai écrites en plein hiver, alors question ambiance, c'était plus de l'actor studio qu'une complainte immédiate axée sur les hautes températures
Si l'un de vous attaque ou réattaque le roman en ce moment, je serais curieux de savoir comment vous percevez ces passages qui dégoulinent la sueur odorante...
Après, si vous vous sentez aussi de grimper sur un toit en plein orage pour me raconter vos sensations, je suis preneur aussi...
Ici
Les femmes parlent, les femmes me réveillent. Je regarde ma montre, je soupire et je souffre. Je suis ici depuis moins d’une heure. Encore deux à subir, plus, s’il y a du retard. Et il y aura du retard, il y en a toujours. La SNCF annonce de faux horaires pour sembler rapide et pour avoir le privilège d’une excuse laconique à l’arrivée. Ils aiment cela, s’excuser.
Juste à côté les femmes pérorent et gloussent et m’agacent. Je suis réveillé, en travers de la banquette. Je tente de me redresser. J’y parviens peu, pas, presque. Alors je colle mon nez à la vitre, et je regarde sans croire.
En dehors du train, en dehors du monde climatisé, rien n’est vrai. Je traverse le pays par le centre, je la coupe en deux en une interminable ligne droite de 650 kilomètres. Entre deux inaccessibles sommeils, je me penche et je regarde. Par la fenêtre, je vois des arbres des forêts des collines. Le paysage est vert, ensoleillé. Il y a des animaux, des lacs, des prés. Mais à quoi bon ? Rien n’est vrai.
Je me suis réveillé à Marseille, dans un monde de béton sale. Je me suis réveillé à Marseille et dans une poignée d’heures, je poserai le pied sur le quai de parisien de la Gare de Lyon, enveloppé de gris.
Le réel est là, là et pas ailleurs. Il est sur le quai, il est dans le train. Le réel est emmuré dans le béton, le réel sort des bouches aux dents cariées de ces femmes qui gloussent et qui pinaillent et qui se moquent.
C’est comme ça.
Le réel, c’est la place 87 voiture 7 avec le bar en voiture 4, ce sera le quai sous mes pieds, la verrière grise au dessus de ma tête. Le réel, ce sont les deux villes, directement reliées l’une à l’autre, les deux plus grandes villes du pays, un trajet de 3 heures, répété chaque semaine.
Et les deux villes sont les mêmes, rien ne les différencie. Du béton des oiseaux des rues des connards dans le métro des sandwiches des Quick des MacDo des Celio des merdes sur les trottoirs et des merdes qui vendent de la merde et qui existent pour emmerder le monde, pour le faire chier et le recouvrir de sa propre merde.
Je serai sur le quai et je baisserai les épaules et tout se ressemblera et rien ne sera vraiment pareil, mais ce sera comme jouer aux sept erreurs, ça ne tiendra pas à grand-chose. Plus de magasins ici, plus d’eau salée là-bas. Plus de pigeons ici, plus de mouettes là-bas. Niveau connards, ca doit être match nul. Les deux premières villes du pays : ramassis d’abrutis qui scandent le nom d’une équipe, qui se lamentent devant les insuffisances des services publics, qui klaxonnent quand ils sont bloqués dans le rond point, qui sifflent le cul des filles quand elles remontent les quais de Seine ou qui mouillent leurs petites culottes quand un minet pousse ses haltères sur le Prado.
Et moi.
Je suis.
Entre les deux.
Là, dans le train.
Et je me dis.
Vivre ici, mourir là-bas. No difference.
Il faut juste.
Esquiver les cons.
Essayer, en tout cas.
Accepter de s’enfermer, loin à l’intérieur. Boire un peu, pour accepter. Boire beaucoup, des fois, quand la frustration s’étend et menace de gangréner le reste.
Il faut juste.
Refuser. Rejeter.
La totalité.
Je ne sais pas comment on fait.
Je regarde dehors, collines verdoyantes, arbres qui se prélassent au soleil.
Sur un blog voisin, déniché via Facebook et perdu dans la foulée, je me souviens d’une très belle photo noir et blanc que je n’ai jamais su retrouver : une superbe femme, agenouillée sur une voie ferrée, en train de se faire sodomiser. Il n’y avait pas de train à l’horizon, juste une voie rouillée et une chair tendue qui pénétrait le cul de cette femme à même le ballast. C’était beau. Vraiment.
Mais c’est un mensonge.
Ca n’existe pas pour de vrai. Les voies ferrées, le ballast. Ca n’existe pas. Entre Paris et Marseille il n’y a rien. On voudrait nous faire croire aux décors, mais on voit que c’est en carton, même à 300 à l’heure. On voit les fils, on devine les raccords. Même la femme a l’air fausse. Même la bite qui s’enfonce dans son orifice à l’air photoshopée. Dans la vraie vie, tout est noir, comme au plus profond de son cul.
On voudrait nous faire croire qu’entre Paris et Marseille, il y a du vert. 600 kilomètres de vert. On voudrait nous faire croire que c’est vide et que c’est beau. Tous les mardis matins, je vois le soleil se lever sur les plaines, les moutons blottis les uns contre les autres, près d’une petite mare. Tous les jeudis soirs, je vois le soleil qui descend sur la vallée du Rhône, qui vient embraser les forêts et incendier les lacs.
Mais tout cela n’existe pas. Rien n’est vrai.
Le train est climatisé et je suis dans un long tunnel avec des connasses qui me réveillent en gloussant et sur les vitres on projette un film, un film de verdure et de rivières et de ruisseaux et de forêts et de vide et de moutons stupides et de vaches mornes qui regardent passer les trains.
Tout cela n’existe pas. Tout cela n’a pas le droit d’exister.
Je suis dans le métro et je regarde un film, je le sais, car tout ce vide, toutes ces forêts, ne sauraient exister sans qu’on les détruise et qu’on les brûle et qu’on les encule. Pour le principe.
Je serai sur le quai. Autour de moi il y aura. Des armatures, des pylônes, des câbles, du béton. Je respirerai à pleins poumons. Je serai à Paris. Je serai à Marseille.
Tout le reste ne saurait exister.
Car s’il existait, s’il y avait un ailleurs.
S’il y avait un vert, s’il y avait un vide.
Si cette colline, si cet étang étaient autre chose que des pixels placardés sur un hublot noirci par la suie.
Alors.
Qu’est-ce qu’on pourrait bien foutre.
Ici.
Strange days have found us
Strange days have tracked us down
They're going to destroy
Our casual joys
We shall go on playing
Or find a new town
L’Eau sale, c’est fini.
Depuis vendredi dernier, une nouvelle version de l’eau sale a vu le jour. Elle a fait un peu de régime : elle a perdu 40 pages pour cette nouvelle mouture.
Les principaux changements concernent :
- Un style moins démonstratif et qui s’appuie beaucoup plus sur la gestuelle.
- La suppression d’effets de styles un peu poussifs.
- Quelques soucis de cohérence remis à plat.
- La suppression du flashback « off and on » au moment où on alterne plage et enterrement. Seule la plage a été maintenue.
- Une "surprise" pour ceux qui l'auront déjà lu.
Globalement, je suis content. Après deux ans de travail sur ce roman, je trouve qu’il ressemble enfin à ce que j’avais en tête. Reste à trouver l’éditeur qui sera prêt à prendre le risque. Le risque, oui. Car même si je fluidifie un peu les choses de version en version (que je me refuse à compter), je sais désormais que le message final restera toujours incompréhensible pour certains lecteurs, et que cela pose un véritable problème dans le sens ou le « flou gaussien » de la première partie ne se justifie que si la fin est comprise.
Si le lecteur est à l'aise dans l'univers, tout se passera bien. S'il reste à l'écart, tout lui semblera superficiel et froid, et il ne comprendra pas (ou refusera de comprendre) la mécanique des liens entre les personnages.
Deux ans pour arriver à cet équilibre instable, à cette recherche d’effet, qui a pour unique but de faire ressentir au lecteur un malaise de plus en plus glacé alors qu’il assimile, petit à petit, la vérité. Là, j’en arrive à un moment de mon existence où j’ai vraiment besoin que l’on croie en moi, où j’ai clairement besoin d’une main sur mon épaule pour faire progresser mon écriture, pour la défier et la sublimer.
Bref, j’ai besoin d’un écho.
Cette dernière lecture de l’eau sale m’incite à penser que je ne pourrai plus changer grand-chose au texte, que l’histoire a atteint ses propres limites, et qu’on pourra toujours peaufiner sans fin sans vraiment changer grand-chose. En attendant, l’Eau sale est (à nouveau) terminée, moins étirée qu’auparavant (210 pages au lieu de 250), mais toujours aussi boueuse.
A la bonne vôtre.
Le froid, tout autour…
Parfois, la vie répond aux questions que l'on évite de se poser. Il y a quelques jours, j'indiquais ma tristesse suit à la disparition du "Monsieur d'en bas", un commerçant qui gérait une supérette. J'ai depuis appris que ce Monsieur, toujours souriant, toujours avenant, avait décidé de prendre sa propre vie, directement à l'intérieur du magasin d'en-bas. Il a attendu l'heure de fermeture, 20h30, il a tiré le rideau de fer, il a éteint les lumières. Et il est parti. Sa compagne, ne le voyant pas revenu à 23h, a appelé les secours qui l'ont trouvé là, dans la nuit du 17 au 18 mai, juste en bas de chez moi. Je n'ai rien entendu.
Pour moi, c'était quelqu'un d'important car je ne connais personne sur Marseille, et il était le premier avec lequel j'entretenais des rapports amicaux. En plus de ce départ violent, il y avait la tristesse égoïste de perdre une "relation", quelqu'un de toujours présent à qui j'avais proposé de lancer un blog sur le quartier, sa boutique, ses promotions... Il a même créé un site Internet qui n'aura jamais servi..
Pendant un temps, je m'étais demandé si je l'avais vu ce jour là. Le lundi, je faisais souvent quelques courses entre midi et deux. Mais j'étais incapable de me souvenir si j'étais venu ou non ce lundi 17 mai, ni même si j'étais venu de tout le week-end.Je jette invariablement mes tickets de carte bleue, et ma mémoire, perturbée par l'événement, vacillait.
Mais les réponses, souvent, attendent leur heure...
Hier soir, je faisais le ménage sur mon bureau et je suis tombé sur un reçu de Carte Bleue. Je l'avais conservé car j'avais noté au dos que je devais ramener quelque chose à mon ami Nicolaï.
Le 17 mai 2010, j'ai effectué une course pour le montant de 10 euros et 21 centimes à 20h14.
20h14
Un quart d'heure avant la fermeture.
Un putain de quart d'heure.
Et je ne m'en souviens pas.
Je me souviens juste que le magasin était vide, comme presque tout le temps.
Je ne sais plus ce que je lui ai dit. Je ne sais plus.
Je ne sais plus ce que je lui ai dit.
Je ne sais pas si vous comprenez.
Et moi non plus.
Parce que les inutiles questions sont forcément là.
Est-ce que j'aurais pu, par un quelconque moyen, comprendre ?
Est-ce que j'aurais pu deviner ?
J'écrivais, il y a quelques jours, sans savoir comment il était mort, que je l'avais trouvé morose. Etait-ce en référence à ce soir là ? Qu'ai-je ressenti ?
Serait-il encore là si j'avais dit autre chose que "au revoir, merci ?"
Depuis hier je ressasse inutilement et je ne me souviens pas de ce moment et j'essaie et je ne me souviens pas
Je suis peut-être le dernier client qu'il ait eu.
Et je ne me souviens pas.

