L'Eau Sale
12jan/101

Let it snow, let it snow…

Marseille – Paris

8h40

« Une heure de retard à cause des intempéries », avait annoncé le chef de bord, avant même que le TGV ne prenne son élan.

La plupart des passagers du wagon se sont regardés, l’air un peu surpris. A Marseille, la neige n’est pas tombée. Pas un flocon, rien. Seule une pluie glaciale est venue perturber les âmes, de mon retour jeudi soir à la journée du vendredi. Dès samedi, c’était fini. Du froid, oui. Du vent, tant que vous voulez. Mais la neige, que nenni.

Et donc, pendant les 3 heures + 1 que durent ce trajet matino-hivernal effectué à vitesse réduite (220 km/h au lieu des 300 réglementaires), les exclamations fusent en regardant par la fenêtre l’ampleur des dégâts. Depuis Aix jusqu’à Paris, le paysage est intégralement blanc. Forêts, vallons, rivières gelées, vaches blotties les unes contre les autres, oiseaux nichés sur les fils électriques. Je n’ai jamais vu la neige sur une aussi large surface, ininterrompue et immaculée tout du long. On se croirait dans une promenade en Haute Savoie ou dans le système Hoth, c’est véritablement beau.

Si la batterie de mon Viewty n’était pas décédée, il y aurait vraiment des photos à prendre.

Une jeune femme à la candeur naturelle assez touchante, plutôt sexy du haut de sa vingtaine d’années et élégamment couverte d’un béret , me réveille doucement et me demande avec un sourire enjôleur : « Où est le coing fumeureu ? ».

J’essaie d’imiter le sourire pincé d’Harrison Ford pour désigner du pouce une plaine en contrebas, garnie de blanc et de quelques moutons gris.  « Ah… les TGV n’ont pas de compartiment fumeur, va falloir sauter en marche, je vois qu’ça ».

Tout le wagon sourit et guette son prochain mouvement. Va-t-elle demander comment on ouvre les fenêtres ?

Je bois une gorgée de Caffe Latte dans mon thermos Strabucks Coffee, ce qui est toujours mieux qu’un bol de café au lait sur une table de camping avec toile cirée, même si c’est strictement  la même chose.

La jeune femme, hontézékonfuze, est partie bouder sur la plate forme, sans doute à la recherche du signal d’alarme.

Loin de m’agacer, cette irruption me rassure sur un point : certains voyagent encore MOINS que moi, chose que j’imaginais impossible.

Lors du voyage qui m’avait tant déprimé, jeudi dernier, une autre femme était au téléphone et faisait son planning de février. Netbook sur les genoux et PDA à la main, elle expliquait qu’elle arriverait plus tard que prévu à pékin, parce qu’elle devait rester plus longtemps en Croatie, mais qu’elle compenserait en enchainant sur Yokohama pour aller voir Etienne et lui faire la surprise.

Bon, je ne suis jamais allé en Croatie ni à Pékin ni à Yokohama, mais au moins je sais qu’on ne fume pas dans un TGV.

Comme quoi, moi aussi je suis un aventurier. Hé.

About Olivier F. Thomas

L'auteur. A ce jour, plus célèbre pour sa mauvaise humeur et son spleen que pour ses écrits. Parisien pur et dur, délocalisé dans le sud pour cause de coup de foudre, il apprend patiemment le mal de vivre aux palmiers. L'eau sale, roman tordu en cours d'écriture, est son quatrième ouvrage.
Commentaires (1) Trackbacks (0)

Laisser un commentaire


Aucun trackbacks pour l'instant