A terre.
Mercredi soir.
C'est une rue qui monte, dans le 20e. Capitaine Ferber. A du même nom que j'avais rencontré à l'époque de pleutiL. Johan Faeber. Les folles nuits parisiennes et la littérture hype à lui tout seul.
Enfin bref.
Je suis dans cette rue et le monde tourne à l'envers. Fièvre froide.Impression d'être glacé de l'intérieur. Vertiges. Malaise en cours. Depuis que je suis sorti du taff. Vraiment mal. Et cette montée, interminable. Et tout tourne de plus en plus. Il pleut et je vacille, comme s'il suffisait d'une goutte d'eau pour que je m'écroule.
Je me revois, la veille, dans le cabinet de la médecine du travail. "Vous pensez pouvoir tenir ce rythme encore longtemps ?" Je sens la pression du tensiomètre sur mon bras, comme Julia ce matin-là. Je revois le médecin aligner les mots. Cardiologue. Convocation. Employeur. Inspection. Inconscience.
Et dans le rue je n'avance plus. Souffle court, poitrine défoncée, je n'ai plus aucun équilibre. Je ne peux plus marcher. Voile noir sur voile noir, je tente de rester conscient. Et je me laisse glisser. Tout doucement.
A terre.
Juste un genou. Un genou qui trempe sur le trottoir mouillé. Un genou au sol. Echine courbée. Pluie qui ruisselle. Atteint. Un genou à terre devant les obligeances de la nétéconomie.
Aveugle, je ne suis pas sûr de que je ressens. L'appartement de Régis est juste là, juste en haut de cette putain de rue. Colonel Faerber.
Juste un genou. Pas les deux. Jamais les deux. Juste un genou. Aveugle, au bord du malaise. Et c'ets à cet instant précis, aux portes de l'inconscience, que je réalise que je ne peux plus continuer de la sorte. Que je ne peux plus continuer de jouer les fantoches dans une absence de reconnaissance.
Un genou à terre.
Pas les deux.
Jamais les deux.
Les minutes tombent. Une poignée. Je ne bouge pas. Immobile. Presque aveugle.
Je ne peux pas rester ici.
Allez !
Je repars en vacillant, dans cette montée vers nulle part. Fines gouttelettes qui s'écartent sur mon passage. Je marche à peine mais je sais que je me déplace. Les portes, la clé. pas chez moi, mais un peu quand même.
Sauvé.
Je m'allonge. Je raconte ma vie à régis. Il fait ce que je fais à sa place : il s'inquiète peut-être mais ne le montre pas. Notre conversation badine me tient en surface, même si je suis dans un lit, glacé.
La soirée sera agréable. La nuit sera calme.
Le lendemain matin, je narre cette légère mésaventure à ma chef. Tout d'abord elle se dit préoccupée, mais elle se reprend très vite :
"en tout cas je sais que ça ne peut pas venir du travail : tu es juste un angoissé de la vie"
Sur le coup, je n'ai rien répondu.
Le soir même j'étais chez un médecin qui m'a arrêté d'office pour 15 jours, après avoir un peu tiqué devant ma tension de 16.8.
"Ca ne peut PAS venir du travail".
Pauvre aveugle.
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février 19th, 2010 - 16:58
C’est horrible. Mais là sur le côté, sans prévenir, viennent s’immiscer des Annonces Google. Tensiomètre, les maladies du coeur, Arthrose?
un rire, une crispation, des larmes…
Je pense à toi.