Them





Bullets for your brain today
But we'll forget it all again
Monuments put from pen to paper
Turns me into a gutless wonder
Diet days
Je fais mon sac pour demain. Retour à Paris, comme chaque semaine. Dans mon bureau, un peu de ménage. Bouquins bien alignés, fausse vie rangée. Je plie un t-shirt. Je le mets dans le sac. Sans envie. Je bois un thé sans sucre, couleur ambrée, sensation de chaud.
Le régime se poursuit, jour après jour après jour. 6 kilos perdus en un peu plus de 3 semaines. Est-ce bien, est-ce mal. Je n'en sais rien, je ne lâche pas l'affaire, c'est tout. On parle souvent de la difficulté d'arrêter de manger, de fumer, de boire. Moi, j'arrive à me persuader que je n'ai pas envie de toutes ces choses. Dans un coin de mon bureau, une bouteille de Jack trône silencieusement devant des Comics de Warrn Ellis et des disques de Luis Armstrong. J'ai décidé qu'elle ne me faisait pas envie.
Elle ne me fait pas envie.
Elle ne me fait pas envie.
Elle ne me fait pas envie.
Elle ne me fait pas envie, putain.
Le poids du changement
Donc, je fais un régime.
Donc je me pèse tous les jours.
Et, mais je le découvre seulement maintenant, il y a une erreur à ne pas commettre quand on fait un régime. Peu importe le régime, d’ailleurs, peu importe que vous soyez en lutte contre le gras, que vous tentiez de gommer votre anorexie, que vous essayiez de prendre du poids pour le rôle de votre vie (DeNiro, pour Raging Bull, avait bien pris 30 kilos en 4 mois), le tout c’est de ne pas changer d’instrument de mesure au cours du processus.
Et forcément, quand y’a une connerie à faire, c’est pour moi.
J’avais une balance capricieuse, limite aussi lunatique que moi. Je me pesais le soir, et je découvrais le lendemain matin que j’avais pris un kilo de plus. Dans la nuit, comme ça. Dix minutes plus tard, en sortant des toilettes, 500g encore en plus. Et encore deux heures plus tard, à nouveau 1 Kilo de moins.
Bref, ma balance était une emmerdeuse.
La courbe de descente était à peu près stable, cela dit, mais les fantaisies de ma balance hong-kongaise ont fini par me lasser. J’ai donc investi dans une Terraillon des familles, avec calcul du gras, de l’eau, et même du poids, c’est dire.
Et là, ce fut le drame.
Car après de nombreux tests qui ont réussi à me plomber le moral tout un samedi durant, il n’y avait pas de doute possible : ma balance Hong-Kongaise me sous-pesait en permanence d’un bon kilo et demi.
En gros, quand je couinais sur mes 84 kilos, j’en faisais facile 85,5. Mais pire encore : quand, en plein milieu de régime, je me réjouissais d’atteindre péniblement les 76, je repasse en moins d’une heure à 77,5, et ça c’est pas drôle. On a l’impression de s’être fait voler une semaine de régime en quelques secondes.
Alors oui, je sais, les courbes restent les mêmes, passer de 81 à 76 ou de 82,5 à 77,5, c’est pareil…
Mais sur le coup, ça fait mal.
Assez, même, pour que me prenne l’envie d’acheter une 3e balance et de faire la moyenne entre les 3.
Non, je ne l'ai pas fait, rassurez-vous, ma folie a heureusement ses limites…
Ou pas.
J’ai acheté une Wii avec son programme de fitness, finalement.
Non non, ne dites rien, j’ai assez honte comme cela.
Sans soif.
Je ne sais pas trop par où commencer. Ni pas où terminer, alors c’est plutôt pas mal. Je parle d’attente et d’inertie, mais je n’en dis pas plus long ni plus court, ce qui n’a guère de sens, je le reconnais.
Alors essayons de parler, au moins un peu.
Depuis quelques semaines, j’ai jeté mon dévolu sur un éditeur, 13e Note. Ce fut un véritable coup de foudre, comme je n’en avais encore jamais vécu, en tant que lecteur. Ces gens là ont choisi de publier ce que j’aime lire, c’est aussi simple que cela. Quant à savoir s’ils auront un jour choisi de publier ce que j’écris, c’est tout le sujet de l'attente en cours.
Je reviendrai très vite sur les publications de cette maison d’édition, hantée par Selby, Bukowski, Fante et Burroughs, car je les dévore actuellement les uns après les autres, découvrant chaque jour de nouveaux torturés sur l’autel de l’encre anglosaxonne : Stahl, SaFranko, O’Neil, Gifford… Chacun avec sa magie, sa souffrance et sa folie, me montre un univers familier que je croyais étaient mais où tout est à redécouvrir.
J’attends donc une réponse de Treizième Note, même s'ils ne publient que des anglo-saxons. L'attente est pesante, car c'est la première fois que j'ai à ce point envie d'être publié, et l’été n’aide pas. Je découvre d’ailleurs que je n’avais jamais ressenti cela vis-à-vis d’un éditeur, une telle envie, une telle impatience, et que la souffrance sera à hauteur de l'espoir si d’aventure l’eau sale ne les incite pas à se mouiller. On avisera en temps et en heure, j’imagine.
Mais donc, j’attends.
Faut dire aussi que j’essaye d’écrire autre chose (pour me sortir l’eau sale de la tête), et que j’y arrive peu, ce qui veut dire pas. Finir vivant en est encore à ses premiers coups de crayon, son plan tracé à la va-vite. Et dès que j’essaie de quitter l’abri du crayon de papier pour porter les maux sur le notebook, je n’arrive à écrire que FUCK FUCK FUCK. L’attente, c’est ça. Faudrait redécoller, repartir sur autre chose, se détacher du truc.
Faudrait, ouais.
Mais je reste là, poisseux, les mains couvertes d’encre sale.
Et du coup, dans un vain effort d’anticiper une suite imprévisible, j’essaie de perdre du poids. Eh oui, régime à la con, comme les autres… Parce que pour moi, écrire, c’est vivre n’importe comment, bouffer n’importe quoi, boire tout ce qui se présente. D’ailleurs je ne sais pas trop si je suis en train de faire un régime ou un sevrage. Peu importe, d’ailleurs, le résultat est le même, les grammes défilent dans l’autre sens. Déjà 15 jours sans alcool, sans gras, sans sucre, sans rien. 15 jours dans l’attente silencieuse d’un nouvel élan, d’une rage qui viendra éteindre et remplacer la précédente, comme on utilise une explosion pour éteindre un incendie. 15 jours sans voir ni boire ni croire. 15 jours dans l’antichambre d’une pièce plus petite ou plus grande. 15 jours de repli, à se retrouver comme un con à poil sur la balance en attendant qu’elle réponde à d’autres questions.
Sevrage artificiel, pour mieux repartir, plus tard. Pour affronter le quotidien, pour défier Word, bien chargé au vin blanc, au Jack Daniels et à l'inspiration. Pour cracher sur le monde et l'enculer avec toute la rage qui convient. Mais seulement, seulement.
Quand le moment sera approprié.
Et que l'on m'aura mis.
Les points sur les i.
Can’t work
Je ne sais pas ce qui se passe dans ma petite tête.
pas foutu d'aligner trois mots sans me sentir anéanti de fatigue.
Je voudrais bosser sur autre chose, avancer dans ma vie.
Et je n'y arrive pas.
Ce matin, dans le train. Rien. Pas un mot.
Le carnet reste vierge.