L'Eau Sale
26jan/100

Persistences

Je n’ai pas encore envoyé l’eau sale au moindre éditeur que déjà tout me parait inutile et vain. Nuit presque blanche, à regarder le plafond noirci par l’ombre. Je commence à recevoir les premiers commentaires des lecteurs, tout doucement. Un, puis deux, puis trois… On m’a dit d’être patient, on m’a dit que le roman demandait de la patience.

Et moi, cette nuit, je me disais. Admettons qu’un éditeur accepte de lire le truc. Admettons qu’il soit intéressé mais qu’il me demande de raccourcir ça et là, de supprimer cette série de scènes qui semble saouler tout le monde…

Où VAIS-je trouver la force ?

Je me suis ouvert les veines et j’en ai maculé les pages. Et j’angoisse qu’on me dise : « c’pas mal, ton truc, mais ça demande encore un an de boulot »

Où trouver la force d’accepter cela ?

Même si c’est le cas.

Je n’ai pas les idées claires, excusez-moi. Insomnie et train de 6h28 vers Paris. Un quarteron de vieilles peaux glousse lamentablement en lisant Closer, Oops et Marc Lévy (véridique). On dira ce qu’on voudra des clichés : la marseillaise est bruyante.

Recroquevillé dans mes boules quiès, je laisse trainer mon blues sur la nuit qui défile. Doucement je me laisse glisser dans ma vie d’après. Quelques notes, sur un carnet. Un peu de recherche d’emploi, plus que mollassonne. Tentative de prise de contact pour d’insipides piges…

Ce sont des tentatives d’embrayage, aussi nécessaires que vaines. Parce que la guerre fait rage et qu’on ne peut indéfiniment lui tourner le dos. Je ne peux faire abstraction : je pense Eau sale, je vis Eau sale... Le reste m'ennuie, souvent. Et ce texte en suspens, en lecture ici, en abandon là-bas, est un coffret dans lequel ma vie est restée coincée.

Le quotidien m'indiffère, les autres projets sont artifices.

J'attends.

20jan/100

Twenty

Avec mes deux envois de ce matin, ça fera en tout 20 eaux sales en lecture ici ou là... La sensation est aussi effrayante que grisante, je ne sais pas comment dire les choses autrement.

Au jour le jour, ça passe plutôt bien, tant que j'ai autre chose en tête. Mais il suffit d'un rien, d'une pichenette de réalité, pour réaliser qu'autour de moi des gens sont en train de lire, de donner corps à ce travail de 18 mois.

Entre temps le monde continue de tourner, évidemment. Nétéconomy, problèmes de fric, pluie parisienne, maux de ventre... Mais les choses ne sont pas totalement les mêmes. Parce qu'autour de moi, les gens lisent.

Je regardais les gens, dans le métro, un bouquin en main. Harlan Coben, Camus...

J'avoue, j'avais envie qu'ils me lisent moi. Prétention déplacée, sans nul doute.
Et pourtant... quelle envie..;

Cet AM j'ai décidé de plancher sur la lettre qui accompagnera l'eau sale lors de ses recherches d'éditeur. Faudrait que je retrouve mes anciennes lettres de refus, pour voir à quel point je vais agrandir la collection. Je vais également essayer de me trouver quelques piges.

Bref : sortir de là.

19jan/100

Meubler la tente

Bon...

Maintenant que l'eau sale commence à être distribuée (et pour ceux qui auraient raté le Post précédent, j'en ai fait une copie qui sera en permanence dans la barre de menu), il ne me reste plus grand chose d'autre à faire que de tirer des plans sur la comète. Entendez par là que j'angoisse doucement dans mon coin, de fort méchante humeur. J'ai l'impression d'être dévoré en permanence par tout un tas de petits piranhas silencieux. Des piranhas qui lisent et qui mordillent en silence, qui me machouillent d'un air tantôt distrait, tantôt intéressé.

Et j'essaie de suivre le fil de mon boulot mais je n'y parviens pas. Mon esprit s'envole, se délie... Il part à la recherche de l'après, sans qu'il soit vraiment possible de le nommer.

Je n'ai pas envie de me mettre un projet suivant en tête et pourtant j'y pense.

J'ai toujours mon polar 75010 en coin de table, Devenir ça, sur les fantasmes de l'apprenti écrivain, Finir Vivant, relation de couple découpée à la Eternal Sunshine, Defrag, un scénar pour une  BD  ou une série SF, Hymen, qui m'attend sans rien dire, Horizon sud, nouvelles sur le métro marseillais... et toute une série de petits ou de gros trucs persos ou collaboratifs, qui dorment dans les tiroirs...

J'ai envie de les toucher du bout du doigt sans vraiment m'y lancer pour de bon. La période ne s'y prête pas...

Ne pas écrire mais faire quelque chose.
Attendre, sans rien dire.

Attendre, encore, encore, encore...