Bandeau Sexy, by Nicolai Maldavsky
J'aime énormément les Work in progress, ces sites, ces carnets de travail où un artiste expose son oeuvre en cours de création. Ce passage toujours mystérieux du brouillon à la réalisation, du story-board aux images sur pellicule, je trouve cela réellement fascinant et excitant, presque magique.
Bref.
En ce moment, je suis très attentivement les travaux d'un jeune cinéaste, Nicolaï Maldavsky, qui défend son projet de court-métrage et qui est à la recherche d'un producteur.

Le sujet de ce court-métrage, hallucinant d'audace (un ancien tortionnaire issu d'un régime dictatorial traque l'une de ses anciennes victimes afin de se... venger d'elle), mais plus encore la vision du monde de cet auteur me donnent envie de suivre les avancées de ce scénario vraiment séduisant.
Voici la note d'intention de l'auteur :
En 2006, j'ai travaillé sur les témoignages de nombreuses victimes de la torture sous le régime militaire d'Augusto Pinochet au Chili. Cette expérience m'avait poussé à écrire un scénario de court métrage que j'ai présenté au Moulin d'Andé et qui m'a permis d'en remporter le premier prix ou encore d'obtenir la bourse Beaumarchais.
Au fil de mes recherches, je me suis rendu compte que lorsque le cinéma avait traité cette problématique, il posait d'emblée l'affrontement entre le bourreau et sa victime dans la logique du bon et du mauvais. J'ai donc cherché à brouiller les pistes, à considérer les deux dans leur simple humanité, souvent égoïste, d'autre fois paranoïaque, rarement préparée à affronter la mort.
Et pourtant, la torture est une expérience limite. Il m'était difficile d'en trouver une représentation cinématographique forte à mes yeux alors que je sais, de part sa nature même, que je ne pourrais probablement jamais la comprendre. Je me suis donc inspiré de nombreux événements ayant eu lieu en Argentine ou au Chili pour créer des personnages et une situation qui, sans trahir la problématique réaliste de la torture, lui ouvrirait les portes du cinéma de genre en particulier.
Ainsi, plutôt que de me tourner vers le documentaire ou le drame, j'ai cherché la réponse dans le thriller et le film de vengeance plus exactement. J'ai donc imaginé comment la vengeance pourrait entraîner la vengeance et comment elle parviendrait à pousser un bourreau à produire l'opération la plus improbable qui soit : se venger de sa propre victime.
Mes réponses, je les ai trouvées autant dans Giuseppe de Santis que chez Paul Greengrass, dans les films de yakuzas de Kinji Fukasaku ou encore chez Peckinpah, Sollima ou Tsui Hark. En quelques mots, une approche nerveuse et stylisée, liée à un contexte politique sans jamais chercher un point de vue moral, au plus près des sensations et de l'intuition.
J'ai également pensé mon film comme un hommage à Sergio Leone dans une réinterprétation des duels classiques de "Et pour quelques dollars de plus" ou "Il était une fois dans l'Ouest". Je me souviens encore que c'est dans "Il était une fois la révolution" que j'ai compris le drame même d'une situation aussi particulière que la torture. Mon idée est donc de créer un lien fort entre le drame passé de la torture et son prolongement dans l'instant présent par la musique, l'action et le flashback traumatique.
Ma démarche globale : tenter de donner une surface intuitive à l'innommable, cerner le caractère parfois tendancieux de l'humanité et tous les affects que l'Histoire n'efface jamais.
Nicolaï Maldavsky.
Au delà du parallèle évident entre cet auteur et moi (nous sommes tous deux à la recherche de débouchés pour nos projets personnels), je suis vraiment séduit par la force du propos autant que par l'éclairage de l'auteur sur le sujet.
J'ai hâte de le voir en cours de réalisation et qui sait, peut-être, avoir la chance de travailler avec lui dans les temps à venir.
En attendant, je vous invite à découvrir le Blog de ce projet...
http://bandeausexy.blogspot.com/