L'Eau Sale
27nov/090

La page 1

By OFT

---

P261109_21.49Dans le TGV qui me ramène chez moi, le mal de crâne amplifie la sensation d’être meurtri. Les petites révélations, toujours les mêmes, hantent mon esprit, tournent, perforent, dévastent.

Présent, réel, maintenant :

J’ai 35 ans, je gagne très mal ma vie en écrivant des textes sans intérêt pour une société sans intérêt, et je ne suis pas foutu de boucler ce second roman qui accapare chacune de mes pensées. Je ne sais pas prendre soin de moi, je me pousse volontiers au-delà de ce que mon corps me paraît pouvoir endurer, et je me sens souvent brisé, épuisé, rongé de l’intérieur.

Je suis également d’humeur profondément changeante et imprévisible, obéissant à des logiques d’autopersécution et de culpabilité constante dont j’ignore (de moins en moins) les raisons.

Le mal qui vit en moi est aussi présent que la barbe qui me gratte les joues ou que l’eau qui me tombe des yeux.

Et je lutte, parfois, en écrivant.

Un roman...

Toujours le même.

L’Eau Sale en est à la page 18 de sa quatrième version. Assez peu de changements dans le premier chapitre, nettement plus dans le second. A la relecture, je trouve mes phrases lourdaudes,  nombre de détails inutiles et le « lissage » des paragraphes très imparfait. Je sais que cela pourrait tout à fait passer pour un vulgaire caprice, pour un souci de perfection impossible à atteindre. Mais vous vous trompez. Je ne cherche pas la perfection, je cherche à atteindre un moment où je pourrai considérer que  l’Eau Sale ressemble un tant soit peu à ce que j’ai en tête.

Et parfois, sur certains passages, je vous assure que je suis assez content de me relire. Fluidité, force, mouvement. Tout est en place.

Sur d’autres, chargés de digressions aussi foireuses que pédantes, d’effets scabreux mal maitrisés à la recherche d’une triste surenchère, je réalise que si j’étais éditeur, je cesserais ici cette aventure.

Ne vous y trompez donc pas. Couche après couche, je repeins un monde qui me ressemble un peu plus. La difficulté, pour moi, c’est d’accepter, presque sans transition, de passer du plaisir d’un sentiment « d’avoir fini » à la douloureuse réouverture du fichier à la page 1.

Tout recommencer.
Encore.
Après 18 mois de travail quotidien.
Recommencer.

Cela me déprime intensément, comme un combat perdu d’avance. Et pourtant, sans en comprendre la raison, je résiste au désir de tout effacer, de tout foutre en l’air, et de décréter un nouvel An 0 à mon existence.

Les tentations sont grandes de me disperser, d’aller chercher les plaisirs et la joie de vivre là où ils sont. Mais je ne le fais pas. Je reprends ma page 1, dans un délire masochiste dont moi seul ait le secret.

Je ne sais pas comment, ni dans quel état, je vais me sortir de là.