Le timide franchissement du reel
Bon. Par où commencer ?
Souvenez-vous de ce jour où, pour aller plus vite, vous avez mis les poussières sous le tapis. Personne ne le sait, évidemment. Mais vous si. Rien de grave, hein ? Juste un petit truc qui vous dérange, que personne ne remarque. Les gens viennent chez vous, visitent votre maison, marchent sur le tapis, ils ne remarquent rien. Il n'y a rien à remarquer.
Mais VOUS, vous savez que quelque chose cloche, que ça ne va pas.
Vous êtes le seul à le savoir.
Depuis le début de l'écriture de l'Eau Sale, j'ai soigneusement pris certaines distances avec le réel. L'histoire est floue, opaque, presque onirique. Mais aujourd'hui je me sens rattrapé, happé par mes propres lacunes, par ce que j'ai laissé sous le tapis.
Une partie de l'histoire, en effet, occulte la réalité d'une manière qui me dérange aujourd'hui. J'ai choisi de faire intervenir dans cette affaire de suicide un certain nombre de protagonistes qui me permettent de développer mon histoire comme bon me semble. Et, même si ça n'a choqué personne, je sais pertinemment que "dans la vraie vie", les choses ne se passeraient pas comme je les décris, parce qu'un suicide déclenche plus de réactions qu'on ne l'imagine.
J'avais choisi de ne pas me poser la question, jusqu'à aujourd'hui.
Mais depuis que j'ai atteint un point crucial lors des corrections, j'y pense sans arrêt. J'ai deux options, au final. Laisser les choses comme elles sont, m'exposer peut-être, plus tard, à des remarques justifiées sur des facilités de style, sinon des invraisemblances. Ou réécrire à nouveau et tenter d'incorporer des éléments plus réalistes dans mon récit. Certains poseront problème, d'autres non. Certains ajouts amélioreront sans doute le texte, d'autres l'alourdiront. Mais je ne peux pas tellement faire le tri. Soit je soulève le tapis et je fais le ménage en entier, soit le laisse mes facilités soigneusement dissimulées.
Laisser les choses en l'état me dérange, soyons clairs. Mais je suis fatigué, vraiment fatigué de ce texte, et je ne sais pas si je vais pouvoir supporter de reprendre des éléments qui sont susceptibles de modifier la trame en profondeur.
Depuis mardi, je ne fais plus rien. Je réfléchis, en boucle. Le roman n'a pas besoin de réel, et personne ne s'est offusqué de mes silences ou de mes raccourcis. Mais je doute. Parce que quoi que je dise, quoi que je fasse, moi je SAIS ce que j'ai laissé sous le tapis. Je peux en avoir honte comme je peux en être fier. Mais c'est un choix que j'ai du mal à assumer, à l'instar de ma vie d'écriture, jamais totalement rejetée, jamais vraiment acceptée.
Le syndrome du touriste ne me quitte jamais vraiment, on dirait.
Je ne sais pas quoi faire…
By OFT
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Etrange sensation, ce matin, où je pourrais me lancer dans tellement de directions que je ne parviens à en choisir aucune. Imprimer un peu d'eau sale pour la relire stylo en main ? Me lancer dans le coquin appel à textes suggéré par Eva ? Relire consciencieusement les textes finalistes du concours skyprods ? Travailler sur Case prison, relire les textes de mes compagnons d'infortune ? Lister les concours de nouvelles du moment et participer ?
Je tourne et je retourne et je me détourne.
En attendant, consciencieusement, je m'occupe du Blog. Anciens articles remis en ligne, un par un, à la mimine. Nouveau header. Playlist.
Par la fenêtre, le soleil plaque la ville dans une torpeur inattendue pour une fin novembre. Dans la rue, les gens sont en chemise légère et lunettes de soleil. 19 degrés à l'ombre de cette nouvelle vie.
Derrière moi des gens s'agitent, rient, planifient... Avec enthousiasme, un pitichien invité mordille mes espadrilles.
Ca sent le départ. Je ne bouge pas.
Je me dis que, tout près d'ici, il y a.
La plage.