Persistences

Je n’ai pas encore envoyé l’eau sale au moindre éditeur que déjà tout me parait inutile et vain. Nuit presque blanche, à regarder le plafond noirci par l’ombre. Je commence à recevoir les premiers commentaires des lecteurs, tout doucement. Un, puis deux, puis trois… On m’a dit d’être patient, on m’a dit que le roman demandait de la patience.
Et moi, cette nuit, je me disais. Admettons qu’un éditeur accepte de lire le truc. Admettons qu’il soit intéressé mais qu’il me demande de raccourcir ça et là, de supprimer cette série de scènes qui semble saouler tout le monde…
Où VAIS-je trouver la force ?
Je me suis ouvert les veines et j’en ai maculé les pages. Et j’angoisse qu’on me dise : « c’pas mal, ton truc, mais ça demande encore un an de boulot »
Où trouver la force d’accepter cela ?
Même si c’est le cas.
Je n’ai pas les idées claires, excusez-moi. Insomnie et train de 6h28 vers Paris. Un quarteron de vieilles peaux glousse lamentablement en lisant Closer, Oops et Marc Lévy (véridique). On dira ce qu’on voudra des clichés : la marseillaise est bruyante.
Recroquevillé dans mes boules quiès, je laisse trainer mon blues sur la nuit qui défile. Doucement je me laisse glisser dans ma vie d’après. Quelques notes, sur un carnet. Un peu de recherche d’emploi, plus que mollassonne. Tentative de prise de contact pour d’insipides piges…
Ce sont des tentatives d’embrayage, aussi nécessaires que vaines. Parce que la guerre fait rage et qu’on ne peut indéfiniment lui tourner le dos. Je ne peux faire abstraction : je pense Eau sale, je vis Eau sale... Le reste m'ennuie, souvent. Et ce texte en suspens, en lecture ici, en abandon là-bas, est un coffret dans lequel ma vie est restée coincée.
Le quotidien m'indiffère, les autres projets sont artifices.
J'attends.